Après avoir relaté les circonstances qui l'ont conduit à la barre du Tribunal correctionnel du Tribunal de grande instance Ouaga 1 ce mardi 3 février 2026, Moctar a été soumis aux questions du procureur. Face au parquet, le prévenu a maintenu sa version des faits, contestant toute conduite à vive allure. Les échanges ont principalement porté sur sa connaissance des lieux, sa vigilance au moment des faits et les possibilités d'éviter le choc mortel.
Le procureur, dans la suite de la narration du prévenu, le questionnera en ces termes pour plus d'éclaircissements : "Était-ce votre première fois d'emprunter cette voie ?" "Non, je l'emprunte depuis un peu plus de 10 ans" a-t-il répondu. "Avez-vous vu la victime sur sa moto ?" a poursuivi le parquet. "Oui, je l'ai vu" a renvoyé le prévenu. "Mais si vous l'avez vu, vous auriez pu freiner. Vous auriez pu éviter le pire", a conclu le procureur, avant que le comparant ne se défende : "je roulais déjà lentement depuis derrière. Je n'étais pas en vitesse."
Il poursuivra : "En fait, je ne l'ai pas vu arriver de loin. Moi j'allais, et lui, il venait. On n'était pas sur la même ligne. Quand je l'ai vu, il avait déjà doublé le véhicule" a-t-il détaillé. "Êtes-vous sûr que vous ne rouliez pas à vive allure ?" a insisté le procureur. "Oui. Et c'est plutôt lui qui était en pleine vitesse. Il n'a d'ailleurs pas pu maitriser son engin. Vu qu'il était à vive allure, il a tenté de rabattre sur le côté et a heurté mon véhicule au côté droit, avant de finir sa course à terre", a-t-il expliqué.
"S'il est vrai que vous n'etiez pas en vitesse, vous auriez pu l'éviter en rabattant sur le côté pour éviter le choc", a fait observer le parquet. "Quand je l'ai vu, je ne pouvais plus rien faire. Tout s'est passé très vite. Je n'ai pas eu le temps de réagir. Il ne pouvait pas rabattre sur sa droite parce que le véhicule était stationné là. L'espace qui me séparait de ce véhicule-là ne dépassait plus 5 à 10 mètres. Même si j'essayais de l'éviter en serrant à ma droite, je serais peut-être monté sur lui, vu que lui même a serré sur mon côté" a-t-il retorqué.
Plus de détails à venir
Erwan Compaoré
Lefaso.net
Le Président du Présidium de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) informe l'ensemble des fidèles musulmans de l'instauration de la prière du Qunut, une invocation, lors des prières du vendredi, ainsi qu'au cours des prières quotidiennes de Fadjr, Maghreb et Ichaa. L'information a été donnée à travers un communiqué signé ce 03 février 2026, par le Président du Présidium de la FAIB.
Selon le communiqué, outre la récitation du Qunut, toute invocation recommandée est permise au cours de ces prières. Ces actes d'adoration et d'invocation visent à implorer Allah afin qu'Il accorde la paix, la sécurité et la stabilité au Burkina Faso.
La mise en œuvre de cette décision prend effet à compter du jeudi 05 février 2026 et se poursuivra jusqu'à la fin du mois béni de Ramadan, dans l'ensemble des mosquées du pays.
La FAIB invite l'ensemble des fidèles musulmans à se conformer à cette instruction et à s'y associer avec ferveur et sincérité, conformément à l'exhortation divine : « Et invoquez-Moi, Je vous répondrai. »
Lefaso.net
Poursuivi pour défaut de maîtrise, homicide involontaire et dégradation involontaire de bien à la suite d'un accident de la circulation survenu à Mogtédo, le conducteur, Moctar (nom d'emprunt) a comparu devant le Tribunal correctionnel de Ouaga 1, ce mardi 3 février 2026. À la barre, il a livré un récit des faits, marqués par une collision mortelle sur fond de circulation dense et de tombée de la nuit. Les premières minutes de l'audience ont permis de revenir sur les circonstances du drame.
C'est un prévenu visiblement démoralisé qui a comparu devant la barre du Tribunal correctionnel, au Tribunal de grande instance Ouaga 1, ce mardi 3 février 2026. Les faits qu'on lui reproche sont de trois ordres : défaut de maîtrise, homicide involontaire et dégradation involontaire de bien. Invité à retracer les circonstances qui le conduisent devant le Tribunal, c'est dans un ton neutre et une voix à peine audible qu'il s'executa.
"J'ai quitté Zorgho pour Ouaga. Arrivé à Mogtedo, juste après le barrage, il y avait du monde. C'est fréquent d'ailleurs à cet endroit précis, surtout qu'il se faisait un peu tard. La nuit s'apprêtait à tomber. Naturellement, j'ai donc ralenti. Plus loin, il y avait un véhicule sur la gauche, qui était stationné. En avançant, j'ai juste eu le temps de voir quelqu'un doubler le véhicule avant de heurter mon phare côté droit", a-t-il résumé.
Invité à fournir plus de détails sur ce qui s'est passé par là suite, le prévenu explique qu'en descendant du véhicule, le constat était sans appel : "la victime était couchée inerte. Les gens ont accouru sur les lieux. Il y avait la gendarmerie à quelques pas de là. Les agents sont arrivés. Ils ont tenté de faire un massage cardiaque à la victime, mais il était déjà décédé. C'est ainsi que j'ai été conduit à la gendarmerie le même soir, puis, envoyé au commissariat le lendemain."
Plus de détails à venir
Erwan Compaoré
Lefaso.net
Le lycée provincial de Dédougou a abrité la cérémonie de montée tournante des couleurs nationales dans les établissements post primaires et secondaires et les centres de formation professionnelle de la province du Mouhoun, ce lundi 2 février 2026. A l'occasion de cette activité devenue un rituel mensuel, le haut-commissaire de la province, Bassouleymane Ouattara, a donné le top départ du concours inter établissements dénommé « Espace mât vert ». L'objectif est de promouvoir et de récompenser les institutions scolaires qui se distinguent par l'embellissement et la propreté qu'elles réservent au cadre environnemental du drapeau.
C'est devenu une habitude que d'observer la montée solennelle des couleurs nationales chaque premier lundi du mois dans les établissements d'enseignement du post primaire, du secondaire et des centres de formation professionnelle dans la province du Mouhoun. Ce rituel, institué par la Direction provinciale de l'enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique, a été respecté ce lundi 2 février 2026. Le lycée provincial de Dédougou (LPD) a, en effet, été le théâtre de la montée des couleurs du mois. La cérémonie a été présidée par le haut-commissaire de la province, Bassouleymane Ouattara. Elle a connu la participation des autorités provinciales et régionales en charge de l'enseignement secondaire, des notabilités coutumières et religieuses, des autorités militaires et paramilitaires, des responsables d'établissements de la ville et surtout les élèves du LPD, mobilisés pour la circonstance.
Pour le haut-commissaire, Bassouleymane Ouattara, le concours prône la formation d'une jeunesse responsableAu-delà de la montée des couleurs, la cérémonie a consacré le lancement, à l'échelle de la province du Mouhoun, du concours inter établissements dénommé « Espace mât vert ». Si la compétition est ouverte aux collèges, aux lycées et aux centres de formation professionnelle du Mouhoun, il faut relever que cette première édition concerne exclusivement ceux des chefs-lieux des sept communes de la province. Les inscriptions étant déjà ouvertes, elles doivent être faites avant le 10 février prochain et sont recevables à la direction provinciale à Dédougou.
Les élèves entendent s'impliquer pour le succès de ces activités éducativesLe concours « Espace mât vert » invite chaque éventuel établissement candidat à concevoir et à aménager un espace écologique autour du mât de son drapeau. Ce cadre doit être embelli et allier « patriotisme et respect de l'environnement », a précisé la directrice provinciale en charge de l'enseignement secondaire du Mouhoun, Aude Claudine Ki/Ouédraogo. Elle a souligné que ce concours demeure une activité ludique, compétitive et pédagogique. Le concours entre également dans le cadre de la mise en œuvre de l'arrêté interministériel portant création de clubs écologiques au sein des lycées et collèges, des institutions d'enseignement supérieur et de recherche et des centres de formation professionnelle, a ajouté Mme Ki.
La directrice provinciale, Aude Claudine Ki, a indiqué que « espace mât vert » allie éducation, patriotisme et écologieFormer des jeunes responsables
De l'avis de la directrice, les établissements d'enseignement secondaire sont des cadres indiqués pour sensibiliser les jeunes sur des problématiques liées au développement durable et promouvoir des initiatives alliant éducation, civisme, patriotisme et écologie. Un jury sera mis en place. Il va se charger de sillonner les différents établissements qui candidateront, à partir de mars 2026, afin de les évaluer, a-t-elle expliqué. Les critères d'évaluation seront, entre autres, axés sur des aspects environnementaux, la prise en compte des symboles nationaux, l'implication communautaire et l'esthétique. Indiquant que les matériaux recommandés sont ceux recyclés, locaux, les plantes ornementales et la fumure organique, Aude Claudine Ki a confié que les résultats seront proclamés courant avril prochain. Des prix principaux seront remis aux trois meilleurs mâts selon leur classement. Des prix spéciaux seront décernés à ceux qui donneront à voir une bonne symphonie entre symboles nationaux et écologie.
Le lancement du concours s'est effectué en présence des autorités éducatives, administratives, religieuses et coutumières, militaires et paramilitaires localesA la fois parrain et représentant le chef de canton de Dédougou par ailleurs patron de cette édition, le directeur régional en charge de l'enseignement secondaire de Bankui et du Sourou, Raoul Sanon, a estimé que c'est une initiative pleine d'espérance. « Le concours invite à valoriser le lieu du drapeau et à s'attacher aux valeurs républicaines », a-t-il poursuivi.
Pour le directeur régional chargé de l'enseignement secondaire, Raoul Sanon, cette initiative est pleine d'espéranceQuant au président de la cérémonie, Bassouleymane Ouattara, il a souligné que ce projet vise à modeler « une jeunesse patriote, responsable et respectueuse de son environnement ». Le haut-commissaire du Mouhoun a fait remarquer que face aux défis environnementaux auxquels le pays fait face, il faut des réponses concrètes, durables et inclusives. A ces réponses, dit-il, il convient d'associer le concours « Espace mât vert » qui est un outil pédagogique favorisant l'apprentissage par la pratique, le développement de la créativité et l'engagement communautaire au sein des écoles.
Alphonse Dakuyo
Lefaso.net
Le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé a présidé ce 02 février 2026 le Conseil des ministres. Au cours des travaux, le Conseil a adopté cinq décrets.
Compte rendu du Conseil des ministres
Lomé, 02 février 2026
Le Conseil des ministres s’est réuni ce lundi 2 février 2026, sous la présidence de Son Excellence, Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBE, Président du Conseil.
Cinq (5) décrets ont été adoptés :
Le conseil a adopté le décret fixant le taux de l’intérêt légal au titre de l’année civile 2026
Le taux de l’intérêt légal est fixé chaque année par décret pris en conseil des ministres, conformément à l’article 2 de la loi uniforme n° 2014-021 du 20 novembre 2014 relative au taux de l’intérêt légal dans les pays de l’Union monétaire Ouest Africaine (UMOA).
Il représente l’indemnité due à un créancier en cas de retard de paiement d’une dette, en l’absence d’un taux conventionnel fixé entre parties.
Pour l’année civile 2026, ce taux est de 5,3637%, tel qu’arrêté par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
La fixation de ce taux contribue à garantir l’équité dans les relations financières et à renforcer la sécurité juridique.
Le conseil a ensuite adopté deux (2) décrets portant approbation des critères de répartition des dotations du Fonds d’appui aux collectivités territoriales (FACT), exercice 2026, pour le compte des régions et des communes Notre pays poursuit la mise en œuvre du processus de décentralisation qui représente un pilier majeur du développement local, de la justice sociale et de la solidarité nationale.
C’est dans cette dynamique que le conseil des ministres a approuvé les critères de répartition des dotations du FACT pour l’exercice 2026, au profit des régions et des communes.
Les dotations accordées permettront aux collectivités territoriales de mettre en œuvre leurs missions de développement local en vue de réduire les disparités entre les territoires et d’améliorer durablement les conditions de vie des populations.
Elles tiennent compte des réalités et des besoins spécifiques de chaque collectivité, dans un esprit d’équité, de solidarité et de développement équilibré.
À travers cette décision, le gouvernement réaffirme son engagement à doter les collectivités territoriales des moyens nécessaires pour assumer pleinement les compétences qui leur sont transférées.
Le conseil a également adopté le décret portant régime juridique applicable aux comptables publics.
Ce décret s’inscrit dans le cadre de la modernisation et de l’harmonisation des pratiques budgétaires et comptables, conformément à la loi organique n° 2014 013 du 27 juin 2014 relative aux lois de finances, adoptée en application de la directive n° 06/2009/CM/UEMOA du 26 juin 2009.
Il consacre le principe de responsabilité personnelle et pécuniaire du comptable public, garantissant ainsi la régularité, la sincérité et la fiabilité des opérations financières de l’État.
Le conseil a enfin procédé à la reconnaissance par décrets de quinze (15) chefs de canton, désignés par voie de consultation populaire ou de succession coutumière, conformément aux dispositions de la loi relative à la chefferie traditionnelle et au statut des chefs traditionnels.
Cette mesure vise à régulariser la désignation de ces chefs de cantons, en leur conférant la légitimité juridique nécessaire à l’exercice des attributions et responsabilités qui leur sont conférées par les lois et règlements en vigueur.
Au titre des nominations
Pour le compte du ministère de l’administration territoriale, de la gouvernance locale et des affaires coutumières :
Commandant VIAGBO Mensah Kafui est nommé préfet d’Assoli ;
Monsieur KOUMAGNANOU Amavi est nommé préfet de Danyi.
Fait à Lomé, le 2 février 2026
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À l'initiative de la Fraternité Cana, la Nuit du couple s'impose depuis plusieurs années comme un cadre privilégié de célébration et de ressourcement pour les couples et les fiancés. L'édition 2026, prévue pour le samedi 14 février à partir de 19h dans la salle Kilimandjaro du SIAO, promet une soirée riche en émotions et en partage. Dans cet entretien, Christian et Fabienne Somda, membres de la Fraternité Cana et principaux organisateurs de l'événement cette année, reviennent sur les objectifs, les préparatifs et la portée de cette nuit dédiée à l'amour conjugal.
Lefaso.net : Pour commencer, parlez-nous de la Fraternité Cana
Couple Somda : La fraternité Cana œuvre pour l'évangélisation de couples et de la famille. Sa mission est d'aider à poser les fondements d'une union durable et féconde, d'approfondir la vocation du mariage et de la famille comme pilier de la construction de l'individu et de la société et comme lieu d'accueil de la vie et d'apprentissage de l'amour. Elle est ouverte à tous les couples.
Les membres de la Fraternité Cana sont les couples qui ont vécu une semaine Cana (recollection de six jours pour couples). À l'issue de cette recollection, un cheminement d'une année est proposé à travers les week-ends, les rencontres de fraternité, etc.
Les activités de la fraternité Cana peuvent être regroupées autour de plusieurs axes, à savoir la formation spirituelle centrée sur la vie conjugale sous forme de rencontres (semaines, week-end, journées) pour grandir en couple ; la vie fraternelle à travers des rencontres mensuelles ainsi que la mission et l'évangélisation (activités en paroisse, organisation de la Nuit du couple).
Que représente la Nuit du couple pour la Fraternité Cana ?
Cette activité est d'une grande importance pour la fraternité Cana car nous travaillons à poser les fondations d'une union durable et féconde dans la vie de couple et de famille. Dans cette optique, tous les membres de la fraternité Cana se mobilisent pour permettre à chaque participant de vivre une expérience unique.
Quels sont les principaux objectifs de la Nuit du couple 2026 ?
La Nuit du couple 2026 a pour principal objectif de célébrer l'amour conjugal vrai car il y a de la joie dans cet amour. Pour cela nous offrons un cadre pour permettre aux couples de prendre un temps de qualité en couple. La Nuit du couple est donc ouverte à tous les couples et fiancés sans distinction de religion. Nous mettons tout en œuvre pour que ce temps soit unique. Elle se tient cette année à la même date à Ouagadougou, Bobo Dioulasso, Koudougou et Dédougou.
À quel niveau en sont actuellement les préparatifs de l'événement ?
Tout est fin prêt du point de vue organisationnel. La salle Kilimandjaro du SIAO, les artistes invités, l'orchestre et le DJ pour le grand bal. De multiples surprises sont concoctées pour agrémenter et rendre cette soirée unique et inoubliable.
Quel impact espérez-vous que la Nuit du couple 2026 aura sur les participants ?
Nous espérons que cette soirée permettra aux couples participants d'instaurer et de renforcer la communication en intégrant dans leur quotidien des moments d'évasion en couple de temps en temps. Nous espérons que la soirée permettra aux couples de se souvenir de leur premier amour. L'évènement permettra aux couples participants de partager des moments de complicité et de gaieté en vue de renforcer leurs liens d'amour. Pour notre part, notre cheminement a commencé par la participation à une nuit du couple en 2015 et aujourd'hui nous rendons grâce à Dieu pour les fruits dans notre couple.
Quel message souhaitez-vous adresser aux couples qui hésitent encore à participer ?
Aux couples qui hésitent encore à participer, nous les encourageons à choisir de célébrer l'amour avec la Fraternité Cana. Nous les invitons à s'offrir ce cadeau, à s'inscrire car ils sont attendus !
Les inscriptions et le paiement se font en ligne à travers une plateforme. Vous pouvez vous inscrire en cliquant sur le lien suivant : https://ndc.ligdicash.tickets/achat/ticket
Vous pouvez aussi contacter les numéros ci-après en cas de besoin : 76 52 65 04 / 78 94 11 72.
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Le 31 janvier 2026, Sa Majesté Naaba Saaga Ier, chef traditionnel d'Issouka, quartier historique de Koudougou dans la province du Boulkiemdé, a célébré son 21ᵉ anniversaire de règne. Cette commémoration, qui s'est tenue à la place Naaba Boulgo, haut lieu de mémoire et de tradition, a été marquée par une profonde sobriété.
C'est sous le thème du « Rêve » que s'est déroulé le Na-Baasga cette année. Devant un parterre de chefs traditionnels, d'autorités administratives, de notables et d'une population mobilisée, Sa Majesté a rappelé une vérité essentielle : « Celui qui ne rêve pas meurt avant de mourir ». Pour le souverain, le rêve constitue la pierre angulaire de toute édification, qu'elle soit individuelle, communautaire ou nationale.
Fidèle à la tradition, la cérémonie a été rythmée par trois sorties rituelles, chacune délivrant un message symbolique fort. La toge rouge, symbole de protection, d'autorité et de la détermination du chef à défendre son peuple. La toge blanche, rappel de son rôle de médiateur et d'artisan de paix. La tenue multicolore, Illustration de la diversité, de la cohésion sociale et de la richesse des différences au sein de la communauté.
Plusieurs chefs traditionnels de la ville sont venus honorer cette 21e cérémonie de Nabasga.Une sobriété solidaire
Cette édition s'est distinguée par l'absence des habituels coups de fusil traditionnels. Sa Majesté a présenté ce choix comme un acte de conscience et de paix face au contexte national sensible. « L'esprit du fusil demeure », a-t-il précisé, soulignant que la vigilance, la résilience et la dignité sont, elles aussi, des formes de combat. Cette retenue volontaire – moins de troupes et de festivités – traduit une solidarité avec les défis actuels du pays : « Notre joie n'est pas encore totale », a confié le chef.
Il fallait que mes paroles ne s'envolent pas,… Dixit Naaba Saga 1er, chef d'IssoukaL'autre moment fort a été la dédicace du premier ouvrage de Sa Majesté : « Recueil des messages des Na-Baasga intérieurs ». Après deux décennies de discours, le chef a souhaité consigner ses paroles par écrit. « Il fallait que mes paroles ne s'envolent pas, mais qu'elles soient conservées pour que chacun puisse se les approprier », a-t-il expliqué. Ce livre se veut une bibliothèque de valeurs, retraçant sa vision pour le Burkina Faso. Il a également annoncé la rédaction d'un second ouvrage consacré à son parcours personnel et à la compréhension de l'institution de la chefferie traditionnelle.
Première sortie du chef en toge rouge, symbole de protection, d'autorité et de la détermination du chef à défendre son peuple.En conclusion, Naaba Saaga Ier a exhorté chaque Burkinabè à rêver pour soi, pour sa famille et pour la nation. Le Na-Baasga demeure, à ses yeux, un acte de mémoire indispensable pour honorer les ancêtres. Cette édition 2026 restera comme un vibrant appel à l'espérance et à la construction collective d'un Burkina Faso « vert, grand et prospère ».
Prince Omar
Lefaso.net
– Le Larlé Naba Tigré, les grandes familles TIENDREBEOGO, SOURWEMA, OUEDRAOGO, SANFO, TAPSOBA à Larlé, Kossodo, Dabaré, Monemtenga, Tempèlga et Kologh-Kom.
– Les familles alliées GAMENE, NITIEMA, CONGO, FORO, TAMINI, BARRY, CISSE, SAWADOGO, DAYAMBA TRAORE à Garango, Béré, Toma, Nouna, Ouahigouya, Kongoussi et Ouagadougou,
– Les enfants Melvyne et Miguèl,
Très touchés par les nombreuses marques de compassion, de solidarité et de soutien multiforme qui leur ont été manifestées lors du décès de leur fils, frère, beau-frère, époux et père, TIENDREBEOGO Gaston Noël, survenu le 27 janvier 2026, et de son inhumation le 28 janvier 2026.
Ils expriment leur sincère gratitude et leurs remerciements à :
• Au personnel de la clinique CANDAF ;
• Au Directeur général du CHU Bogodogo et à son personnel ;
• Au Directeur général du Centre national de transfusion sanguine (CNTS) et à son personnel ;
• À la CCB Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus de la paroisse Saint François d'Assise ;
• Aux promotionnaires et anciens collaborateurs du défunt ;
• Aux voisins, connaissances et à tous ceux qui, de près ou de loin, ont apporté leur soutien multiforme lors de cette douloureuse épreuve.
Que le Tout-Puissant bénisse chacun et rende au centuple ses bienfaits.
Union de prières.
« Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » Apocalypse 21,4
Les Grandes familles : Ouattara, Coulibaly, Kam, Palm, Sou, Somda et alliées à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Diébougou, Dolo, Bondigui
Les Grandes familles : Bondé et Bonou à Ouagadougou, Boni, Bobo-Dioulasso et Vy
Les famille alliées et amies : Mihin, Ymien, Bambio, Ouattara, Bani, Compaoré, Lanou, Gnoumou, Houmboué, Cissé, Koné, Levry, Traoré, Coulibaly, Konaté, Kwendé, Doannio, Liehoun, Botoni, Zoundi et Bado à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Houndé, Boni, Côte d'Ivoire, Canada et Etats Unis d'Amérique.
Les enfants :
• Seborema Jean Emmanuel dit PV et son épouse Déborah,
• El'Dianwa Janine,
• Daourou Jérémie et son épouse Youma
Les petits enfants : Ariel, Aurelia, Hayden-Loic, James, Aurel, Annaelle, Jordan, Marie-Ange
Ont la profonde douleur de vous annoncer le décès de leur Mère, Epouse, Grand-mère, Belle-mère, Sœur, Tante, Cousine et Amie
Madame Irène Adélaïde H. Bondé,
épouse de Feu Colonel Syé Joseph Ouattara,
Secrétaire de Direction à la retraite,
décès survenu le 29 Janvier au CHU de Bogodogo.
Programme des obsèques
Jeudi 05 février
• 15h 00 : Levée du corps à la morgue du CHU de Bogodogo
• 19h 00 : Veillée de prière a son domicile sis à Zogona
Vendredi 06 février
• 8h 30 : Levée du corps à son domicile
• 9h 00 : Absoute en l'église Paroissiale St Camille suivie de l'inhumation au cimetière municipal de Gounghin.
« J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi »
2 Timothée 4:7
À l'occasion de la célébration annuelle du Dankoun, rituel majeur de la confrérie dozo, l'Union nationale des dozos du Burkina a organisé une série d'activités à Bobo-Dioulasso. Le vendredi 30 janvier 2026, une importante délégation de dozos, conduite par le « dozoba » Aly Konaté, a effectué une tournée auprès des autorités coutumières et religieuses de la ville. Objectif : accomplir des sacrifices et des rituels de pardon entre dozos, tout en implorant le retour de la paix et de la sécurité au Burkina Faso.
L'Union nationale des dozos du Burkina a organisé, du 28 au 31 janvier 2026 à Bobo-Dioulasso, la 13e édition du Dankoun. Cet évènement majeur de la confrérie a été ponctué par plusieurs activités dont le rituel d'immolation pour la paix et la sécurité au Burkina Faso. C'était le vendredi 30 janvier dernier. Cette journée a ainsi permis à la confrérie d'effectuer une tournée chez des chefs coutumiers et religieux. La délégation s'est rendue chez le grand imam de la mosquée de Dioulasso, chez le Golotigui, le chef de Kibidoué, le chef de Dagasso, le chef dioula, etc.
Le clou de cette activité a eu lieu à Kibidoué à travers l'immolation d'animaux, dont une partie s'est faite loin des caméras et appareils photo. Après cette tournée symbolique chez les chefs coutumiers, le président de l'Union nationale des dozos du Burkina a animé un point de presse au cours duquel il a longuement expliqué l'organisation, les valeurs et la mission de la confrérie dozo, souvent au cœur de controverses et de perceptions négatives.
Le clou de cette activité a eu lieu à Kibidoué à travers l'immolation d'animaux« Le dozo, c'est d'abord une école et une confrérie »
Pour Aly Konaté, les amalgames autour du « dozoya » sont nombreux. « Un dozo est un guerrier, un tradipraticien, un protecteur de son village, de son quartier et de son pays. Il est aussi un protecteur de l'environnement », a-t-il expliqué. Selon lui, il est important de distinguer la confrérie dozo, qui repose sur des règles traditionnelles et initiatiques, de l'Union nationale des dozos, créée pour des raisons administratives afin d'exister légalement vis-à-vis de l'État burkinabè.
« Dozo, ce n'est pas une association au sens moderne du terme. Un chef dozo n'est ni voté ni imposé. Il est intronisé selon des règles connues des initiés, et il meurt chef dozo », a insisté le « dozoba » Aly Konaté. Il précise que l'Union nationale regroupe aujourd'hui environ une centaine d'associations, avec 208 chefs dozos reconnus à travers le pays. À l'en croire, « dozoya », souvent mal compris, est présenté comme une école. « On devient dozo par initiation. Mais pour pratiquer le « dozoya », il faut aller à l'école du « dozoya ». Ceux qui ont suivi cette école sont appelés les « dozoden » (littéralement : enfant-dozo) », explique Aly Konaté.
Les dozos n'ont pas marchandé leur participation aux différentes activitésFinancement du Dankoun : « Nous n'avons jamais mendié »
Interrogé sur le financement des activités, notamment du Dankoun, le président de l'union se veut catégorique : « Nous n'avons jamais mendié pour organiser nos rituels. » Selon lui, chaque dozo participe avec ses propres moyens. « Le président ne paye pas de poulet. Chaque dozo vient avec son poulet, son matériel rituel et son transport », affirme-t-il.
Il ajoute que la majorité des rituels se déroulent en brousse, loin des regards du public et des médias. « Ce que vous voyez, ce n'est que la façade. Le cœur de la cérémonie est ailleurs », précise-t-il, soulignant que la capacité d'accueil et de prise en charge des initiés fait partie des responsabilités d'un chef dozo. « Un chef dozo n'est jamais un pauvre. Il doit avoir le savoir, la connaissance et les moyens », martèle-t-il.
Dozoba, dozoden, soma : lever la confusion
Le « dozoba » Aly Konaté est également revenu sur la différence entre « dozoba, dozoden et soma », des appellations souvent confondues. « Chef dozo est une appellation française. En dioula, on dit « dozoba » », explique-t-il. Le terme renvoie symboliquement à la relation mère-enfant dans l'initiation, la “mère dozo” étant celle ou celui qui enseigne les premiers pas dans la confrérie. Concernant les « soma », il précise qu'il s'agit généralement de dozos plus âgés, qui ne vont plus en brousse et se consacrent aux soins par les plantes et les savoirs traditionnels. « Un jeune initié de deux ou trois ans ne peut pas se proclamer soma ou chef dozo », tranche-t-il.
Le présidium lors de la conférence de presseLes coups de feu, « le nom de famille des dozos »
La question des coups de feu lors des cérémonies dozos, source d'inquiétude pour certaines populations, a également été abordée. « Quand on dit dozo, on parle d'armes et de fusils. Les coups de feu, c'est le nom de famille de la confrérie », laisse entendre Aly Konaté. Il explique que d'autres groupes traditionnels, comme les « soma ou les doma », ne procèdent pas de la même manière, même si les tenues peuvent se ressembler aux yeux des non-initiés.
« On devient dozo par initiation. Mais pour pratiquer le « dozoya », il faut aller à l'école du « dozoya » », selon Aly KonatéSur la lutte contre le terrorisme, le président de l'union souligne une contribution significative des dozos à la sécurisation du territoire, notamment dans l'Ouest du pays. « Il n'y a pas de différence aujourd'hui entre les FDS et les dozos. C'est la même lutte que nous menons », a-t-il affirmé, soulignant la collaboration étroite avec les forces de défense et de sécurité. Il met également en avant les actions en faveur de la cohésion sociale, citant la rencontre avec le grand imam de Bobo-Dioulasso comme un signal fort. « Ce n'est ni une guerre religieuse ni une guerre ethnique », insiste-t-il, appelant les médias à jouer pleinement leur rôle dans la communication en temps de guerre.
« Nous n'avons jamais mendié pour organiser nos rituels », a indiqué Aly KonatéUn rituel de pardon et de transmission
Le Dankoun, rappelle Aly Konaté, est avant tout un moment de communion, de pardon et de transmission des savoirs. Chaque année, les dozos se retrouvent pour demander pardon, partager leurs connaissances et soigner ceux qui ont rencontré des difficultés dans l'exercice de leurs missions. Cette année, plus de 3 000 initiés sont déjà recensés, et les initiations se poursuivent. Au cours de cette conférence de presse, le « dozoba » Aly Konaté n'a pas manqué de lancer un appel aux hommes de médias et à l'ensemble des Burkinabè pour leur implication dans la lutte contre le terrorisme. « Chaque jour, demandons-nous ce que nous avons fait pour aider notre pays qui est en guerre », a-t-il lancé.
Romuald Dofini
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Dans un espace encombré de ferrailles, de tôles et de machines en gestation, Issouf Korogo façonne bien plus que des machines. À force d'observation, d'essais et d'échecs, cet autodidacte est un personnage important du monde agricole. À ses côtés, certains de ses enfants et des jeunes apprentis perpétuent son savoir qu'il a forgé loin des bancs de l'école, mais profondément enraciné dans les besoins des agriculteurs et des transformateurs. Portrait d'un homme pour qui créer, c'est d'abord être indépendant et utile.
La première chose qui frappe chez Issouf Korogo, c'est sa présence discrète en tant que patron. Drapé dans une tenue relaxe, il se déplace lentement dans son atelier, observe, touche, corrige ce qui doit l'être d'un geste précis. Autour de lui, le vacarme du métal, les étincelles de la soudure, l'odeur de fer chauffé, créent une atmosphère d'usine à ciel ouvert. Chaque pièce, chaque machine inachevée semble attendre son heure. Issouf Korogo est fabricant de machines mécaniques.
Des moulins, des décortiqueuses, des vanneuses, des équipements pour l'agriculture, l'élevage et la transformation agroalimentaire. Mais réduire son métier à une simple fonction serait insuffisant. Issouf Korogo est avant tout un concepteur. Sur une simple explication, parfois quelques explications gesticulées par un client, il est capable d'imaginer et de fabriquer une machine adaptée à un besoin précis. Il a un esprit tourné vers le contexte local, les habitudes de consommation et les réalités du terrain burkinabè.
Son atelier porte un nom qui résume à lui seul sa philosophie, “Sougr Nooma”, en langue mooré, pour exprimer la force du pardon. « Selon moi, il faut du pardon, de la tolérance et de la patience dans tout ce que l'on entreprend », explique-t-il. Et la patience, Issouf Korogo en a fait une vertu cardinale car il lui a fallu plusieurs décennies pour construire et en arriver là.
Après de nombreuses années comme acteur principal de son atelier, Issouf Korogo délègue les tâches. Mais malgré son âge, il participe toujours et supervise les travauxCes connaissances, il ne les a pas acquises à l'école. Il le dit sans détour mais avec humilité. « Je ne suis jamais allé à l'école, mais je crée des instruments utiles que certaines personnes ayant fait l'école avec de gros diplômes ne peuvent pas faire. » Son parcours commence par la mécanique, un domaine qu'il exerce pendant près de vingt ans. Puis vient le déclic d'observer, de comprendre, d'adapter puis de créer. « Je n'ai pas appris la conception avec quelqu'un. J'ai juste décidé d'observer et de faire des machines adaptées à notre contexte », dit-il.
Aujourd'hui, cela fait 42 ans qu'il travaille dans cet univers. Quarante-deux ans de combats silencieux, d'essais ratés, de machines mal conçues avant d'atteindre l'efficacité. « Le nombre de machines que j'ai mal faites avant d'en arriver à de bonnes machines est difficile à dénombrer. » Mais Issouf Korogo ne s'est jamais laissé décourager, même lorsque personne ne croyait en lui. « Quand j'ai décidé de créer moi-même des machines, les gens n'y croyaient pas », raconte l'homme.
Ce qui l'a poussé à concevoir au début, ce ne sont ni les marchés ni la reconnaissance, mais la souffrance observée dans les champs et les concessions du monde rural. « Nos agriculteurs et nos femmes souffrent après les récoltes. » Il cite le maïs, l'arachide, le karité, le soumbala. Des produits du quotidien dont la transformation, souvent manuelle, est pénible et chronophage. « C'est souvent parce que les femmes travaillent manuellement qu'elles disent que certaines amandes n'ont pas de beurre. » Même logique pour le soumbala, où le décorticage à la main pousse parfois à des pratiques pénibles. Pour Issouf Korogo, chaque machine est une réponse concrète à une difficulté du quotidien.
Il raconte comment il a conçu des machines capables d'égrainer le maïs ou de décortiquer l'arachide sans y mêler des débris. Pour le beurre de karité, il propose une machine qui, en cinq minutes, peut extraire l'amande, l'écraser et extraire le beurre.
Dans son atelier, l'homme n'est pas seul. Son fils, Assami Korogo, porte un gilet jaune et évolue avec assurance entre les machines. Cela fait une dizaine d'années qu'il travaille aux côtés de son père. Contrairement à Issouf Korogo, Assami est allé à l'école avant de rejoindre l'atelier. Une double formation qui renforce la transmission. « Mon père est un patron flexible, mais rigoureux », confie-t-il. Rigueur dans le travail, exigence sur les délais, mais Issouf Korogo reste un homme compréhensif selon ses collaborateurs.
Une volonté de transmettre
Il reconnaît ne plus être très valide pour certains travaux physiques, mais son esprit, lui, reste en éveil permanent. C'est pourquoi Issouf Korogo forme de nombreux jeunes. « Pour réussir à fabriquer ces machines, il faut de l'intelligence, un esprit vif et surtout la volonté », conseille-t-il, mettant en garde contre l'envie, la colère, l'impatience. « Si tu es envieux, tu ne peux pas créer. C'est la comparaison qui va dominer ton travail et non la volonté d'être utile. »
Il porte aussi un regard critique mais lucide sur la jeunesse. « À la première remarque, certains abandonnent. » Pourtant, il croit à la formation, à la création locale, à l'entrepreneuriat comme rempart contre le chômage et l'exil. « S'il y a du travail qui rapporte vraiment, aucun jeune ne va quitter volontairement son pays pour l'inconnu », pense-t-il. La dynamique actuelle d'appui aux agriculteurs et aux éleveurs le réjouit. Il évoque la vision présidentielle d'une production endogène pour fabriquer ici ce qui était importé hier. Pour lui, c'est une évidence. « Si j'ai une commande de machines, je ne peux pas travailler seul. Je suis obligé de recruter et de former. Et cela contribue à réduire le chômage. »
« Dans mon atelier de travail, certains découpent le fer, d'autres soudent et il y en a qui font la peinture. Moi seul je ne peux pas travailler et être efficace. Ainsi, je crée des futurs entrepreneurs mais aussi une main-d'œuvre expérimentée. »Le rêve de l'autodidacte est d'ouvrir un centre de formation. « Si beaucoup de jeunes sont formés, ça va beaucoup aider l'entrepreneuriat. » En attendant de réaliser ce rêve, son atelier fait office de salle de classe, de laboratoire pour les personnes désireuses d'apprendre. Il indique d'ailleurs être disponible pour mettre ses connaissances à profit pour former les jeunes.
Farida Thiombiano
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Réunis à Ouagadougou les 4 et 5 décembre 2025 à l'initiative de l'Union burkinabè des éditeurs privés de services de télévision (UBES TV), les acteurs de l'audiovisuel privé ont engagé une réflexion stratégique majeure sur l'avenir de leur secteur. Placé sous le thème « L'avenir des télévisions privées au Burkina Faso : résilience économique et innovation en contexte de crise », cet atelier a mis en lumière les défis existentiels auxquels font face les chaînes privées. La communication d'Abdoul-Aziz Bamogo, ancien président du Conseil supérieur de la communication (CSC) et expert en stratégie médiatique, s'est imposée comme l'un des temps forts de ces échanges. Intitulée « Marketing et économie des médias : stratégies de diversification des revenus et modèles économiques innovants », sa thématique a posé un diagnostic sans complaisance. Cela en proposant des orientations concrètes pour permettre aux télévisions privées de sortir d'une logique de survie pour entrer résolument dans une dynamique d'innovation et de création de valeur.
D'entrée de jeu, l'ancien président du Conseil supérieur de la communication, Abdoul-Aziz Bamogo, plante le décor en soulignant la problématique centrale. Celle de l'avenir des télévisions privées burkinabè face à la difficulté croissante à assurer leur viabilité économique et leur compétitivité, dans un environnement désormais marqué par une triple pression structurelle.
La première pression évoquée par Abdoul-Aziz Bamogo est d'ordre économique. La crise sécuritaire et la fragilisation du tissu productif national ont entraîné selon lui, une contraction des budgets publicitaires, principale source de revenus des télévisions privées. Cette dépendance quasi exclusive à la publicité classique rend les chaînes extrêmement vulnérables aux chocs conjoncturels.
La deuxième pression, elle, est d'origine structurelle et concurrentielle. De son point vue, l'avènement de la Télévision numérique terrestre (TNT) a favorisé une multiplication des chaînes, sans que cette croissance quantitative ne s'accompagne d'une réelle diversification éditoriale. Résultat, une concurrence frontale sur des segments similaires, une dilution des audiences et un marché publicitaire saturé.
La troisième pression mentionnée par le conférencier relève du registre technologique et numérique, un bouleversement profond qui redéfinit les modes de production, de diffusion et de consommation des contenus audiovisuels. Monsieur Bamogo explique ainsi que les plateformes globales comme YouTube, Facebook ou TikTok captent désormais une part importante de l'attention du public, notamment des jeunes, de même que les budgets publicitaires. Ces plateformes ne sont plus de simples canaux de diffusion, mais de véritables concurrents qui échappent largement aux contraintes réglementaires locales.
Un enjeu de souveraineté et de cohésion sociale
Pour l'expert en stratégie médiatique, la fragilisation des télévisions privées ne relève pas uniquement d'un problème économique. Elle pose un enjeu stratégique national. Les médias audiovisuels jouent un rôle central dans la production d'une information fiable, la cohésion sociale, l'éducation citoyenne et la lutte contre la désinformation.
La perte de viabilité économique des médias nationaux ouvre un boulevard aux narratifs exogènes et aux contenus non vérifiés, mettant en péril la maîtrise de l'information et à terme, la stabilité sociale. Assurer la résilience économique des télévisions privées devient ainsi, insiste-t-il, un impératif de souveraineté médiatique.
L'impératif du repositionnement stratégique
Face à cette situation, la première recommandation forte de la communication d'Abdoul-Aziz Bamogo porte sur la nécessité d'un repositionnement stratégique lucide et courageux. Pour lui, le marché audiovisuel ne se limite plus aux seules chaînes de la TNT. La concurrence est désormais une lutte pour l'attention. Les Web TV locales, mais surtout les plateformes numériques mondiales, doivent être intégrées dans toute analyse stratégique. Chaque minute passée sur un réseau social est une minute perdue pour la télévision classique.
Le conférencier rappelle que les habitudes de consommation évoluent rapidement pour tendre vers des formats courts, avec de la mobilité, de l'interactivité, et la participation du public. Le téléspectateur n'est plus passif, il devient acteur. Ignorer ces mutations revient, poursuit-il, à marginaliser durablement le modèle linéaire.
Capitaliser sur les actifs uniques des télévisions traditionnelles
Malgré cette concurrence accrue, l'expert soutient que les télévisions privées disposent d'atouts que les plateformes numériques ne peuvent aisément reproduire. Le premier selon lui, est la crédibilité éditoriale. Dans un environnement saturé de fake news, la confiance du public reste une valeur forte et monétisable, notamment auprès des annonceurs institutionnels.
Le second atout réside dans le patrimoine de contenus et de figures médiatiques, comme les archives, les émissions phares, les animateurs populaires. Ces actifs, souvent sous-exploités, peuvent être numérisés et monétisés, conseille-t-il, notamment auprès de la diaspora.
Monsieur Bamogo souligne également que l'ancrage territorial constitue un avantage décisif. Il affirme que la proximité avec les communautés locales, les ONG et les institutions de développement, permet de capter des financements liés à des programmes d'intérêt public.
La spécialisation comme levier de différenciation
L'un des messages centraux de cette communication est l'abandon progressif du modèle généraliste. Dans un marché fragmenté, vouloir faire du tout, estime Abdoul-Aziz Bamogo, conduit à la dilution. Ainsi, la spécialisation thématique (économie, jeunesse, agriculture, culture, éducation), recommande-t-il, permet de bâtir une identité forte, de fidéliser une audience qualifiée et d'attirer des annonceurs de niche.
Ce passage d'une télévision de masse à une télévision d'influence ciblée constitue, selon monsieur Bamogo, l'une des clés majeures de la résilience économique.
Diversifier les revenus au-delà de la publicité classique
À ce niveau, le conférencier signale que le repositionnement stratégique n'a de sens que s'il se traduit par une diversification effective des sources de revenus. Il indique que la publicité classique ne doit pas être abandonnée, mais profondément transformée. Il s'agit ici, souligne monsieur Bamogo, de passer à une publicité ciblée, data-driven et intégrée, capable d'offrir aux annonceurs des campagnes mesurables et pertinentes.
Les formats innovants comme le native advertising, le placement de produit ou le brand content permettent, précise-t-il, une intégration plus naturelle des marques, tout en respectant l'expérience du public. Par ailleurs, les partenariats institutionnels et les contrats pluriannuels autour de programmes d'intérêt général, offrent à son avis, une stabilité financière bienvenue.
Monétiser efficacement les audiences numériques
L'ancien président du CSC mentionne que la migration des publics vers le numérique représente une opportunité majeure. Les plateformes dans leur globalité doivent être considérées non comme des ennemies, mais comme des canaux de distribution et de revenus.
Une stratégie numérique offensive implique pour lui, la production de contenus spécifiques, l'optimisation des algorithmes et l'activation systématique des mécanismes de monétisation. À cela s'ajoutent les modèles freemium, les abonnements premium, le replay sans publicité et les services interactifs payants via le Mobile Money, dans le respect du cadre légal.
Créer une économie hors média
Pour réduire la dépendance aux aléas publicitaires, l'expert en stratégie médiatique préconise que les télévisions doivent développer des activités complémentaires. L'événementiel, la production audiovisuelle pour des tiers, le consulting en communication ou encore le merchandising constituent selon lui, des sources de revenus additionnelles.
En devenant des entreprises de contenus et de services, et non plus de simples diffuseurs, les télévisions privées transforment leurs coûts fixes en opportunités économiques.
Modèles innovants, data et intelligence artificielle
La transformation durable passe par l'adoption de modèles économiques innovants centrés sur le public. Le modèle freemium/premium permet de convertir une audience gratuite en abonnés fidèles. Les plateformes hybrides TV + digital, appuyées par des applications mobiles intégrant le paiement numérique, renforcent la relation directe avec le public.
La data devient un actif stratégique. La connaissance fine des audiences permet à la fois de personnaliser l'offre, de mieux vendre la publicité et de justifier des tarifs plus élevés. L'intelligence artificielle, quant à elle, offre des gains considérables en productivité, en réduction des coûts de production et en amélioration de la qualité éditoriale.
Mobiliser la communauté et la diaspora
Abdoul-Aziz Bamogo met également en avant le potentiel du financement communautaire. Le crowdfunding et le mécénat digital permettent de financer des projets précis à forte valeur sociale ou journalistique, tout en renforçant l'engagement du public et de la diaspora. Ce modèle participatif, explique-t-il, consolide la crédibilité des médias et crée un cercle vertueux entre qualité du contenu, engagement citoyen et viabilité économique.
La réussite de cette mutation repose sur des fondations internes solides. Une gouvernance rigoureuse et transparente est indispensable pour attirer partenaires et investisseurs. Parallèlement, l'investissement dans les compétences numériques et la formation continue des équipes devient incontournable.
Enfin, l'expert estime que la résilience économique ne peut être uniquement individuelle. De ce fait, l'ancien président du CSC encourage la mutualisation des infrastructures, le partage d'outils technologiques, et le plaidoyer collectif porté par l'UBES TV, toutes choses qui sont essentiels à l'amélioration de l'environnement économique et réglementaire du secteur.
Construire la souveraineté médiatique de demain
Ainsi, la communication d'Abdoul-Aziz Bamogo trace une voie claire et limpide, selon laquelle, les télévisions privées burkinabè doivent impérativement sortir d'une logique de survie pour embrasser une dynamique d'innovation, de spécialisation et de diversification.
Au-delà des entreprises, l'enjeu est national. Assurer la viabilité économique des médias audiovisuels privés, c'est préserver la qualité de l'information, renforcer la cohésion sociale et protéger la souveraineté médiatique du Burkina Faso. L'avenir de l'audiovisuel privé ne se subit pas. Il se pense, se construit et s'assume collectivement.
Hamed Nanéma
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Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a lancé ce lundi 02 février 2026, l'évaluation des contrats d'objectifs 2025, des membres du gouvernement. Premier département audité, le ministère de la Guerre et de la Défense patriotique enregistre une performance globale de 92,32 %, portée par les avancées sécuritaires, la reconquête territoriale et le renforcement des capacités des forces engagées dans la lutte contre le terrorisme.
À l'issue de cette évaluation, le département en charge de la Guerre et de la Défense patriotique a enregistré un taux d'exécution physique de 92,32 %, traduisant une performance globalement satisfaisante au regard des objectifs assignés.
Ce résultat est issu de la mise en œuvre d'une trentaine d'activités majeures, principalement axées sur la montée en puissance des forces combattantes, la reconquête du territoire national, la stabilisation des localités, le retour progressif des populations déplacées, ainsi que la prise en charge psychologique et psychosociale des forces engagées.
Selon le Ministre d'État, l'intensification des opérations militaires a permis le contrôle intégral de près de 74 % du territoire national, correspondant à environ 400 à 500 villages reconquis, renforçant ainsi la dynamique de sécurisation et de restauration de l'autorité de l'État.
Le Général de division Célestin Simporé a, à cette occasion, rendu un vibrant hommage aux Forces de défense et de sécurité, aux Volontaires pour la défense de la Patrie, ainsi qu'aux vaillantes populations, pour leur engagement déterminé dans le combat pour la liberté, l'indépendance et la souveraineté véritable du Burkina Faso et de l'espace confédéral AES.
Le Premier ministre a félicité le Ministre d'État et l'ensemble de son département pour les efforts soutenus consentis dans la lutte contre le terrorisme et la sécurisation du territoire national.
Se projetant sur l'année 2026, le Chef du Gouvernement a réaffirmé l'engagement ferme de l'État à accompagner les forces armées, notamment à travers le recrutement, la formation, le renforcement de la logistique et des équipements, ainsi que la consolidation des mécanismes de prise en charge sanitaire et psychosociale des combattants blessés et des personnes affectées par le terrorisme.
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Source : DCRP Primature
Il y a encore quelques années, personne ne s'arrêtait ici. On passait vite, sans oser tourner le regard. Le dépotoir de Karpala, situé dans l'arrondissement 11 de la ville de Ouagadougou, était une balafre à ciel ouvert, jonchée d'incalculables déchets. Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, le même site, métamorphosé par Ibrahim Komi, accueille des œuvres d'art et des animaux sauvages. Les visiteurs, qui affluent en grand nombre, ne tarissent pas d'éloges.
L'idée est venue d'un citoyen burkinabè, un artiste plasticien nommé Ibrahim Komi. Passionné d'art, de culture, et animé par l'amour de faire valoir le savoir-faire endogène, il a décidé de changer le visage de ce dépotoir à ciel ouvert. Sur une superficie d'environ 5 700 m2, l'ex-dépotoir, désormais appelé « Espace Komi », sis au quartier Karpala dans l'arrondissement 11 de Ouagadougou, accueille de nombreux visiteurs depuis sa métamorphose.
Dès l'entrée du site, des statuettes d'animaux (éléphants, zèbres, etc.) accueillent fièrement les visiteurs. Sur les lieux, on constate la présence d'oiseaux, de chacals, de singes, de chevaux, de babouins de paons et même de serpents. Tous importés, inoffensifs, mais quand même enfermés dans des cages.
Juste à quelques mètres de l'entrée, une chute d'eau semblable à une cascade fait le bonheur des touristes. Là, enfants et adultes jouissent au maximum de la fraîcheur et de la douceur de l'eau qui jaillit. Certains visiteurs en profitent pour faire quelques clichés. Plus loin, un yacht dont une piscine rive la devanture est mis à la disposition des visiteurs. Toujours en construction, cette partie du site semble déjà vivante car elle attire les curieux. À vue d'œil, on devine déjà ce que sera bientôt ce lieu : un espace de détente et d'évasion.
« Je ne le fais pas pour de l'argent, je le fais pour l'amour que j'ai pour mon pays et pour donner cette image de créativité à notre très cher pays », indique Ibrahim Komi, propriétaire de l'Espace Komi.Le dépotoir a longtemps été une poubelle officieuse. Un lieu où déchets ménagers et carcasses d'animaux s'empilaient. « Le coin était un grand dépotoir. Il n'était pas rare de trouver de la viande pourrie emballée dans un sac. Tous les riverains de Karpala pourraient témoigner sur ce cadre autrefois délaissé, qui n'était pas du tout fréquentable », se souvient encore Ibrahim Komi, géniteur de l'Espace komi.
À l'entendre, la présence des nombreux visiteurs est source de motivation et confirme la qualité de son chef-d'œuvre. Il invite donc l'ensemble des citoyens à donner une seconde chance aux endroits abandonnés qui, non seulement, représentent un grand danger pour les populations, mais ternissent aussi l'image du pays.
Aperçu du site.Un projet qui avance lentement mais sûrement
Officiellement, le site n'est pas encore ouvert. Il est encore en chantier. Sur ce plan, le concepteur du projet a fait comprendre qu'il le réalise sans aucune aide extérieure. Et, à ce titre, il lui est difficile de donner un délai de finition du projet.
« Je travaille sur fonds propres. Il n'y a pas de budget spécifique dédié au site. Il faut se faire des revenus ailleurs afin de venir investir et pousser les limites d'avancement. J'avance en fonction de la mobilité de mon activité principale qui est l'art », poursuit Ibrahim Komi.
Néanmoins, les Burkinabè peuvent déjà profiter des réalisations déjà faites, en attendant la fin des travaux. Actuellement, les prix pour avoir accès au site s'élèvent à 500 francs CFA pour les adultes et 300 francs pour les enfants.
Harouna Zèba, agent commercial d'Art Komi.À notre arrivée sur les lieux, nous avons été accueillis par Harouna Zèba, agent commercial de « Art Komi », qui nous a fait visiter le site. Lors de cette séance, l'agent commercial a expliqué brièvement l'idée de l'Espace Komi. Pour lui, le but n'est pas d'en faire un simple jardin, mais plutôt un véritable lieu de découverte où chaque visiteur peut se retrouver.
« L'idée n'est pas de faire de ce lieu un simple jardin, mais plutôt un espace culturel, pour permettre aux enfants de découvrir les animaux », confie Harouna Zèba.
Venue pour découvrir le nouvel attrait du quartier Karpala, Angèle Zoungrana, étudiante à l'université Aube nouvelle, dit être éblouie par le beau paysage et les cascades.
Angèle Zoungrana, en visite sur le site.« Je salue cette initiative car l'espace a une belle vue et est accompagné d'un air pur. Aussi, ce site va permettre à certaines personnes de voir des animaux qu'ils n'ont pas encore vus », a-t-elle apprécié.
Pour mémoire, l'Espace Komi est le produit de Komi Art, une entreprise spécialisée dans la réalisation d'art, de monuments, etc., qui est pilotée par Ibrahim Komi.
Muriel Dominique Ouédraogo
Jean Elysée Nikièma (stagiaire)
Lefaso.net
Journaliste, éditorialiste et essayiste, Malick Saga Sawadogo est également le promoteur du média en ligne Kulture Kibaré. En 2025, il a publié l'ouvrage intitulé « Regard critique sur le secteur de la culture, des arts et du tourisme au Burkina Faso (2019-2024) ». Connu pour son franc-parler, il a accordé une interview à Lefaso.net, au cours de laquelle il s'est exprimé sans détour pendant plus d'une heure.
Pouvez-vous revenir sur votre parcours académique et professionnel ?
Après l'obtention de mon baccalauréat en 2006, j'ai opté pour la filière des sciences sociales et humaines à l'université de Ouagadougou (actuellement université Joseph-Ki-Zerbo). J'ai été orienté précisément en sociologie. Il faut dire que l'université traversait de nombreuses difficultés, notamment entre 2008 et 2009, marquées par des grèves récurrentes. Pessimiste, j'ai d'abord séché les cours dans les amphithéâtres avant de suspendre quelques temps après en année de licence.
Face à cette situation, j'ai ressenti le besoin de m'engager dans une activité concrète. Je ne voulais plus retourner à l'université dans ces conditions exécrables. C'est ainsi que j'ai sollicité un stage dans un journal. Grâce à l'appui de certains amis, le stage m'a été accordé en décembre 2014. J'ai donc débuté en tant que stagiaire. Je touchais à tout.
Comme on le dit souvent dans le milieu, on apprend beaucoup « sur le tas », mais il est également préférable d'avoir une formation académique.
C'est pourquoi, parallèlement à mon activité professionnelle, j'ai postulé pour une bourse d'études. Ayant déjà le niveau licence en sociologie, j'ai pu bénéficier d'une bourse pour poursuivre une licence directe en journalisme multimédia que j'ai validée.
J'ai commencé par exercer le journalisme généraliste avant de m'orienter progressivement vers la promotion de la culture, des arts et du tourisme, à partir de 2016. Aujourd'hui, je suis toujours en activité et j'envisage de poursuivre un master en management des médias. Toutefois, mes recherches d'instituts privés ou d'universités proposant cette formation et permettant une inscription aisée n'ont pas encore abouti. Je poursuis donc mes démarches dans ce sens.
Concernant la création de mon média, elle remonte au 2 septembre 2019. Avant cela, j'étais très engagé sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook. Après avoir exercé comme journaliste, j'ai démissionné en janvier 2017 pour occuper ailleurs le poste de rédacteur en chef d'un magazine. J'y ai travaillé pendant quatre mois avant de démissionner, en juin 2017.
À partir de juillet 2017, j'ai créé la page Facebook Kulture Kibaré, que j'animais régulièrement. Fort de mon parcours en journalisme, j'y publiais des comptes rendus et des prises de position personnelles. Progressivement, plusieurs personnes m'ont encouragé à créer un site professionnel, estimant que le contenu produit était riche et que ma plume méritait un cadre plus structuré. C'est ainsi qu'est née l'idée de créer un média spécialisé.
L'idée a mûri à partir de 2018, jusqu'à sa concrétisation en 2019. Le 2 septembre 2019, après avoir suivi les procédures administratives, obtenu le récépissé, puis déposé une copie au Conseil supérieur de la communication (CSC), Kulture Kibaré a officiellement vu le jour.
Nous publions très régulièrement des chroniques, parfois chaque lundi matin, parfois tous les deux ou trois jours. Il s'agissait majoritairement de tribunes et d'analyses, au point que certains percevaient le média comme un journal d'opinion. Notre ligne éditoriale allait au-delà du simple factuel : nous souhaitions offrir à nos lecteurs des clés de lecture pour mieux décrypter l'actualité culturelle.
Nous analysons les faits, proposons des réflexions, adoptons parfois un ton critique, voire virulent, dans l'objectif d'inviter le public à mieux apprécier les œuvres, les démarches artistiques et les actes posés par les acteurs culturels. Notre ligne éditoriale repose ainsi essentiellement sur l'analyse des faits culturels, artistiques et touristiques.
L'adresse mail de l'auteur : malickjackson@gmail.comPourquoi avez-vous décidé de devenir journaliste spécialisé dans la critique culturelle ?
Il faut reconnaître que, dans les actions comme dans les œuvres, il existe souvent des insuffisances. Aucune œuvre humaine n'est parfaite. Je ne suis pas parfait, et personne ne l'est.
Pour ma part, durant mes années universitaires, je fréquentais parallèlement l'école de musique « la Dernière Trompette ». J'y ai également appris à jouer de la guitare. J'avais déjà quelques notions en accompagnement musical et, à un moment donné, j'envisageais même de devenir artiste.
Mais, comme on le dit souvent, l'homme propose et Dieu dispose. Ma famille s'est opposée à ce projet de carrière musicale. Toutefois, les notions que j'avais acquises en musique m'ont été très utiles lorsque je suis arrivé dans le journalisme. Elles m'ont permis de comprendre que les médias faisaient parfois la promotion d'artistes dont les œuvres présentaient certaines lacunes. Fort de mes connaissances, j'ai alors ressenti le besoin d'apporter ma contribution, en soulignant non seulement ce qui fonctionnait, mais aussi ce qui pouvait être amélioré.
Par ailleurs, j'étais très proche des artistes. Je côtoyais régulièrement des musiciens qui accompagnaient de grandes vedettes de la musique burkinabè. J'ai eu l'impression qu'il existait de véritables ambassadeurs de la musique nationale, très peu médiatisés au niveau local, mais qui tournaient énormément à l'international, notamment en Europe. Des artistes comme Wendlavim Zabsonré, feu Ablo Zon ou encore Sylvain Dando Paré ont collaboré avec de grandes figures de la scène musicale mondiale.
Déjà à l'école de musique, cette question revenait souvent dans nos échanges : pourquoi ces artistes, pourtant reconnus à l'étranger, ne bénéficiaient-ils pas d'une véritable visibilité dans leur propre pays ? Lorsque je suis entré dans le journalisme, je me suis alors fixé comme objectif de mettre en lumière ces ambassadeurs culturels qui font la fierté du Burkina Faso à l'international, mais restent insuffisamment connus sur le plan national.
J'en ai parlé à mon directeur de publication de l'époque, Boureima Diallo, alors directeur de publication du quotidien d'information générale Notre Temps. Il a accueilli favorablement l'initiative. C'est ainsi que j'ai commencé par réaliser des portraits d'artistes musiciens.
En tant que stagiaire, je prenais contact avec les artistes grâce à mes encadreurs de musique, eux-mêmes musiciens chevronnés, habitués aux tournées et bien introduits dans le milieu. Une fois sur place, je menais des interviews et découvrais des parcours exceptionnels, pourtant méconnus du grand public local. En dehors du cercle restreint des artistes, ces musiciens restaient largement invisibles.
J'ai donc décidé de consacrer mon travail à leur valorisation à l'échelle nationale. J'ai commencé à produire régulièrement des portraits. À cette période, Paul-Miki Roamba, paix à son âme, mon collègue à Notre Temps que je salue respectueusement, relisait et corrigeait mes articles avant les correcteurs du journal. Son apport professionnel et ses corrections m'ont beaucoup aidé à affiner ma plume et à évoluer progressivement vers la critique.
Il s'agissait pour moi d'une critique journalistique, et non d'une critique académique ou esthétique. Je m'intéressais davantage à l'analyse des enjeux, des actions et des actes, plutôt qu'à une lecture purement artistique des œuvres. Ce qui comptait, c'était de comprendre ce que les artistes produisaient, comment ils le faisaient et ce que cela signifie, en m'appuyant sur mon bagage personnel et mes connaissances de l'art.
On m'a alors suggéré d'élargir ce travail au-delà de la musique, en l'ouvrant également à la danse, au théâtre et aux autres disciplines artistiques. C'est ainsi que la démarche a évolué.
Entre 2016 et 2018, je me suis davantage exprimé sur les réseaux sociaux, où je partageais des analyses et des opinions sur différentes disciplines culturelles. À cette époque, on me collait souvent l'étiquette de quelqu'un qui « clashait », alors que mon intention était de contribuer à l'amélioration des œuvres.
C'est dans ce contexte que j'ai décidé de créer Kulture Kibaré, afin de me spécialiser pleinement dans la critique et l'analyse des œuvres culturelles, en mettant l'accent sur les enjeux. Cette orientation m'a naturellement conduit à m'intéresser aux politiques culturelles et touristiques du Burkina Faso. Je me suis mis à me documenter de manière approfondie sur ces questions, ce qui a consolidé la ligne éditoriale du média.
De quoi parle votre œuvre et qu'est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?
J'ai publié mon livre intitulé « Regard critique sur le secteur de la culture, des arts et du tourisme au Burkina Faso (2019-2024) » le 22 décembre 2025. Il s'agit d'un ouvrage à compte d'auteur.
Depuis le lancement de Kulture Kibaré en 2019, je publiais de manière très régulière des éditoriaux et des chroniques. Chaque semaine, souvent dès le dimanche soir, j'annonçais le thème de l'analyse à paraître. Les publications pouvaient intervenir le mercredi, le jeudi ou le vendredi, en fonction de l'actualité. À cette période, notamment entre 2019 et 2022, la vie culturelle au Burkina Faso était particulièrement dynamique. Il y avait chaque jour de la matière à analyser, à commenter ou à décrypter.
Les éditoriaux portaient essentiellement sur l'actualité immédiate, tandis que les chroniques permettaient d'approfondir des thématiques précises choisies à l'avance. Entre 2019 et 2023, un aîné, Sié De Bindouté Da, m'a interpellé à ce sujet. Il m'a écrit pour me dire qu'il lisait mes analyses, et que d'autres suscitaient chez lui des désaccords ; ce qui, selon lui, faisait justement la richesse du débat intellectuel et scientifique. Il m'a alors suggéré d'écrire un essai, estimant que, contrairement aux publications numériques éphémères, le livre demeure et traverse le temps.
Cette discussion a eu lieu en novembre 2023. Quelques mois plus tard, en janvier 2024, lors d'un séjour à Ségou, au Mali, j'ai échangé avec Dr Hamadou Mandé, enseignant-chercheur à l'université de Ouagadougou. Lui aussi m'a encouragé à écrire, rappelant que, pour un journaliste, l'écriture d'un ouvrage constitue un prolongement naturel du travail intellectuel. À mon retour de Ségou, j'ai décidé de me lancer concrètement dans le projet.
L'idée était de regrouper mes principales analyses publiées entre 2019 et 2024, couvrant l'ensemble des domaines de la culture, des arts et du tourisme, puis de les organiser de manière thématique. J'ai sollicité Dr Hamadou Mandé pour assurer la préface de l'ouvrage. Il a accepté sans réserve.
Par ailleurs, le projet nécessitait un accompagnement éditorial professionnel. J'ai alors fait appel à Claudine Dussollier, rencontrée en 2019 à Paris, lors d'un déplacement dans le cadre du festival Cergy-Pontoise. J'y étais avec KPG. Nous avons gardé de très bons rapports. Étant déjà impliquée dans l'édition de plusieurs ouvrages, dont celui de KPG, elle a accepté de m'accompagner après avoir pris connaissance du projet.
Avec Claudine Dussollier et le préfacier, un important travail de réorganisation, de structuration et de clarification a été mené. La question du mode de publication s'est ensuite posée : maison d'édition ou auto-édition ? Après mûre réflexion et plusieurs consultations, j'ai opté pour une publication à compte d'auteur. Tout le processus de production de l'ouvrage a été rigoureusement suivi par l'équipe.
L'ouvrage s'inscrit dans une démarche d'analyse critique. Initialement, je souhaitais couvrir la période 2019-2023, avec une publication prévue en 2024. Mais par souci de rigueur et de maturité intellectuelle, la parution a été repoussée à 2025, élargissant ainsi la période étudiée à 2019-2024, soit cinq années d'observation.
Le livre aborde pratiquement toutes les disciplines culturelles : la musique, le show-business, le cinéma et l'audiovisuel, les arts plastiques, le patrimoine culturel, la littérature, la politique culturelle et la gouvernance dans les institutions publiques et privées. J'y traite également de la résilience du secteur, dans un contexte marqué par une double crise : sanitaire avec la Covid-19 et sécuritaire, ayant profondément affecté la culture, les arts et le tourisme.
Dans le premier chapitre, j'analyse les misères et les splendeurs de certaines têtes d'affiche, en mettant en exergue leurs forces et leurs faiblesses. J'y aborde également l'état du reggae et du hip-hop, deux mouvements qui ont traversé une période de fragilisation.
Le deuxième chapitre est consacré au show-business, présenté comme un secteur dynamique mais encore embryonnaire, largement informel et insuffisamment structuré. J'y souligne ses limites, mais aussi son potentiel, à condition d'une meilleure organisation et d'une politique adaptée.
Le troisième chapitre porte sur les politiques et actions culturelles. J'y analyse les référentiels existants, quelques insuffisances, en adoptant un regard critique fondé sur une observation continue du secteur. J'y évoque notamment les cérémonies de récompense sur fond de critique.
Dans le quatrième chapitre, je traite de la gouvernance et du management culturel, tant au niveau national qu'international. J'aborde aussi la gestion de certaines structures publiques, ainsi que des pratiques que je questionne, dans une démarche de réflexion constructive.
Le cinquième chapitre est consacré au cinéma et à l'audiovisuel. J'y reviens sur le rôle du Fespaco comme vitrine internationale du Burkina Faso, tout en soulignant les insuffisances internes, notamment en matière de salles de projection, de contenus audiovisuels et d'innovation.
Le sixième chapitre aborde les arts de la scène et la littérature, avec un accent particulier sur la question du financement des projets culturels. J'y interroge la dépendance aux financements extérieurs et explore la nécessité de mécanismes endogènes pour assurer une dynamique durable.
Dans le septième chapitre, je traite du tourisme, des arts plastiques et du patrimoine culturel, en abordant notamment la question des musées et du retour des biens culturels africains.
Enfin, le huitième chapitre analyse la résilience des acteurs culturels face aux crises de 2019 à 2021. J'y montre comment certains artistes ont réussi à s'adapter et à survivre, tandis que d'autres ont connu de grandes difficultés, dans un contexte de restrictions de déplacements et de contraction des marchés.
Ce livre permet ainsi de découvrir la profondeur de la réflexion, l'engagement intellectuel et la vision de Kulture Kibaré et de son promoteur pour le développement de la culture, des arts et du tourisme au Burkina Faso. Il se veut une invitation à une réflexion approfondie sur les enjeux, les défis et les perspectives du développement durable par la culture.
Certains détracteurs vous reprochent un manque de tact dans la formulation de vos critiques. Que leur répondez-vous ?
Je dis souvent qu'on ne jette pas de pierres à un arbre qui ne produit pas de fruits. Lorsque j'analyse, je touche parfois aux intérêts de certaines personnes, à des sensibilités, et j'en suis pleinement conscient. Ma critique ne vise jamais des individus, mais plutôt des actions, des pratiques, des attitudes, des comportements et des visions portées à travers les œuvres.
Ce qui m'intéresse avant tout, c'est la jeunesse : à travers une création, quelle est la vision portée ? Quelle est l'œuvre proposée ? Comment un pays peut-il se positionner culturellement et mieux vendre sa culture et son patrimoine à travers les œuvres, les actions et le comportement des individus qui les portent ?
En journalisme, on nous a toujours appris que les faits sont sacrés et que les commentaires sont libres. Mais un commentaire repose toujours sur des faits, une actualité, une information vérifiée. Ce que je fais n'est pas de la critique scientifique. Il ne faut donc pas m'amener sur ce terrain. Je ne m'inscris pas dans une critique esthétique ou linguistique. Ce n'est pas mon champ d'intérêt. Mon regard se situe davantage dans l'analyse des engagements, des visions et de l'impact des œuvres sur la société.
Je pense d'ailleurs que tout le monde peut émettre une opinion critique, même à un niveau basique. Lorsque j'écoute une œuvre, si elle me plaît, j'ai quelque chose à dire ; si elle ne me plaît pas, j'ai aussi quelque chose à dire. La critique repose sur un raisonnement logique, mais aussi sur la sensibilité. Elle est par essence subjective. Il est donc normal qu'il y ait des détracteurs. Quand je critique une œuvre, je peux aimer ou ne pas aimer : c'est ma sensibilité qui s'exprime, et je dis les choses telles que je les ressens.
Chacun peut participer au débat, à condition que cela se fasse dans le respect. Il ne s'agit pas d'insulter. Or, sur les réseaux sociaux, on constate souvent des dérives liées à un manque d'éducation. C'est d'ailleurs pour cette raison que vous ne me verrez plus publier des analyses sur Facebook. Depuis la création de mon site, je porte désormais mes réflexions de manière professionnelle. Ceux qui ont des arguments peuvent venir débattre dans cet espace, où les commentaires sont ouverts.
Les réseaux sociaux sont devenus un espace où tout et n'importe quoi se mêlent. N'importe qui se proclame expert, critique ou journaliste culturel. Certains lisent une seule phrase et se permettent de juger. Or, pour critiquer, il faut être documenté, avoir un certain bagage et une solide connaissance du sujet.
Il est donc normal que certains détracteurs réagissent ainsi, d'autant plus que beaucoup sont déjà passés sous le « scanner » de Malick Saga. J'ai critiqué de nombreuses actions, et certains acceptent mal que des journalistes exposent leurs insuffisances ou leurs faiblesses sur la place publique. Il nous revient, en tant que journalistes soucieux de contribuer au progrès et au débat public, d'exprimer nos analyses avec franchise et sincérité.
Je ne mène aucun combat animé par l'animosité. Ceux qui ont une réflexion posée comprennent généralement ma démarche. Dans le milieu du théâtre et de la danse chorégraphique, j'ai souvent vu des créateurs inviter des critiques pour obtenir un regard constructif sur leurs œuvres. En revanche, dans le milieu musical, cela est beaucoup plus rare. Souvent, on t'invite à voir un projet déjà finalisé, prêt à être lancé. Ton avis arrive alors trop tard pour influencer quoi que ce soit. C'est pour cette raison que j'ai cessé d'accepter les invitations en studio.
Paradoxalement, c'est depuis lors que j'ai été davantage reconnu comme critique journalistique. En 2024, lors de la Nuit des Lompolo, une distinction décernée par le ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme du Burkina Faso, j'ai été récompensé pour la critique journalistique. Il s'agit d'un prix national qui valorise l'excellence des acteurs des arts dramatiques, mais aussi des journalistes engagés dans la critique journalistique et non dans la critique d'art au sens académique. Cette reconnaissance est survenue suite aux critiques que j'ai formulées à propos de l'œuvre « Beoogo » de la Compagnie Danthemuz.
En 2025, j'ai également reçu un trophée pour mon engagement dans l'industrie cinématographique burkinabè, décerné par Casting Sud lors des Celebrities Days, en marge du Fespaco.
Ces distinctions montrent qu'il existe des acteurs qui ne sont pas dans la critique facile, mais qui comprennent et apprécient un raisonnement structuré et documenté. Je ne me compare à personne. Il y a eu des devanciers, et je les respecte, mais je trace mon propre chemin. Qu'on qualifie ce que je fais de critique ou autrement m'importe peu. Ce qui compte pour moi, c'est de dire ce que j'ai à dire.
Les perceptions à mon sujet peuvent être diverses, et c'est normal. Mais il existe aussi une frange intellectuelle qui estime que j'apporte de la documentation et une réelle contribution au développement du secteur culturel.
Quels sont, selon vous, les avantages professionnels liés à la spécialisation en critique culturelle, et quels en sont les inconvénients ?
La critique rapproche des personnes dotées d'un véritable esprit critique. Lorsqu'on a cet esprit, on accepte la critique. Elle permet de se rapprocher des véritables créateurs, ceux qui ne sont pas limités dans leur vision. Elle rapproche également de personnes qui souhaitent travailler avec vous en raison de votre franchise et de votre sincérité, des personnes prêtes à collaborer, à partager des espaces et à avancer.
Lorsque je me suis engagé dans le domaine de la critique journalistique, une critique professionnelle et assumée, cela m'a ouvert de nombreuses portes. Cet engagement m'a permis de voyager, de tourner, et surtout de me rapprocher de certains acteurs clés du secteur de la culture, des arts et du tourisme, aussi bien au sein des institutions publiques que privées. Aujourd'hui, grâce à cette démarche critique, j'ai eu l'opportunité de parcourir plusieurs continents, et cela a profondément transformé ma vie professionnelle.
Je ne me limite pas à un traitement purement factuel consistant à dire : « il a fait ceci » ou « il a fait cela ».
J'analyse les actions, les actes, les œuvres, puis je formule un point de vue. C'est cela que les gens recherchent : une lecture approfondie, une analyse, une prise de position argumentée. Ceux qui comprennent cette démarche font appel à vos services. C'est ainsi que je me suis rapproché de certaines personnalités.
Bien sûr, d'autres me perçoivent comme un ennemi, comme quelqu'un qui croit tout savoir ou qui cherche à se poser en donneur de leçons. Mais pour beaucoup, je suis avant tout une personne engagée, qui essaie modestement de contribuer au développement durable à travers la culture, les arts et le tourisme. Les avantages de cette posture sont donc clairs : elle permet de tisser des liens avec certaines personnalités, et procure aussi une réelle satisfaction morale.
Les inconvénients existent également. La critique peut éloigner certaines personnes et certaines structures qui vous perçoivent comme nuisible, comme quelqu'un qui entrave leurs objectifs. Elles estiment que les critiques attirent l'attention des partenaires et nuisent à leur image. Elles disent qu'on « met du sable dans leur couscous ». Ces personnes, ainsi que leurs structures, prennent alors leurs distances.
Je le comprends : la critique crée des ennemis, des détracteurs, et peut réduire les sollicitations. Certains forment des cercles fermés, organisent des événements sans vous, cherchent à vous dénigrer, à vous ridiculiser, parfois en mettant en avant des personnes moins qualifiées. C'est souvent une stratégie visant à vous réduire, à vous banaliser, voire à vous effacer.
Dans le milieu du showbiz, lorsqu'on évoque le nom de Malick Saga, on constate clairement que certaines personnes ne veulent pas l'entendre. À l'inverse, dans d'autres milieux, il est impensable de mener une activité sans m'inviter. Mon audience, qu'elle soit favorable ou défavorable, dépend donc du camp dans lequel on se situe.
Je me suis fait des ennemis, c'est vrai. Mais à partir de 2023, j'ai réalisé que j'avais davantage de sympathisants que de détracteurs. Et c'est cette prise de conscience qui m'a conforté dans mon engagement.
Selon vous, comment le journalisme culturel critique contribue-t-il à renforcer le professionnalisme dans le secteur de la culture ?
Que ce soit dans le journalisme, dans la fonction publique ou à l'école, sans la critique, comment faire avancer les choses ? Personne ne se suffit à lui-même. Lorsqu'on élabore un projet, on le fait toujours à partir d'un angle précis. Mais il est souvent nécessaire qu'un regard extérieur vienne dire : « ici, une autre approche était possible ». C'est ce regard qui permet d'élargir la vision.
Sans la critique, je pense sincèrement que le Burkina Faso ne serait pas arrivé à son niveau actuel. Ce sont les essais, les réussites, les échecs et les remises en question qui font avancer une société. À ce titre, le critique joue aussi un rôle proche de celui de l'historien : il rappelle les faits, les analyse et alerte sur les conséquences possibles des choix posés. Il dit, en substance : si l'on fait ceci, on risque d'aller dans telle direction.
Je l'ai moi-même expérimenté très tôt. Lorsque j'étais en stage au journal, chaque fois que Paul-Miki Roamba, que je considère comme un modèle, corrigeait mes articles, c'était déjà de la critique. Il mettait en évidence mes insuffisances, mes imperfections, tout en me proposant des pistes d'amélioration. C'est exactement cela, la critique.
À l'école, nous avons tous grandi avec ce principe. Quand un professeur corrige une copie, il barre ce qui ne va pas, souligne ce qui est juste et indique ce qui aurait pu être mieux fait. C'est bien de la critique, et c'est précisément ce mécanisme qui permet de progresser. Comment peut-on évoluer dans un monde sans critique ? Sans elle, on tomberait dans la monotonie, dans la répétition, voire dans l'immobilisme.
La critique culturelle, dans un pays comme le Burkina Faso, n'est pas encore pleinement ancrée dans les habitudes. La société burkinabè est généralement réservée, parfois réticente à la confrontation des idées. Pourtant, le développement culturel, artistique et même institutionnel passe inévitablement par l'acceptation de la critique comme un outil de construction et non comme une attaque.
Le contact de l'auteur : +226 78 64 78 54Quel message souhaitez-vous transmettre aux acteurs du secteur culturel ?
Ce que j'aimerais leur dire, d'autant plus que je suis moi-même acteur culturel, comme vous, c'est que la situation actuelle est difficile. L'environnement n'est pas particulièrement favorable à la promotion artistique : les financements se raréfient, les sponsors et les mécènes se font de plus en plus discrets. Cette réalité, je la comprends parfaitement.
Mais face à cela, il faut continuer à faire preuve de résilience. Il faut continuer à produire, malgré les ressources limitées, et le faire dans la dignité, avec l'espoir que les choses finiront par évoluer. Nous avons vu, par exemple, en 2025, des festivals contraints de s'organiser de manière conjointe. Deux événements ont parfois choisi de rassembler leurs ressources, faute de moyens suffisants. Cela traduit la fragilité de l'environnement économique, mais c'est aussi une preuve de résilience et d'adaptation. Malgré tout, les acteurs culturels trouvent des solutions pour continuer à exister.
S'adapter au contexte est aujourd'hui indispensable. Mais il faut le faire sans renoncer à l'essentiel : produire dans la dignité, dans l'authenticité et dans l'originalité. Un artiste doit rester original et authentique. Ce qu'il propose peut ne pas plaire à tout le monde, mais il doit éviter la copie, le mimétisme et le plagiat. Il est important de rester fidèle à sa démarche, à son identité artistique.
Le message que j'adresse à l'ensemble des artistes, c'est donc de préserver leur ligne, leur engagement et leur vision. Même si la période est difficile, même si l'environnement est contraignant, il ne faut pas tordre son engagement, réduire ses ambitions ou produire des œuvres qui vont à l'encontre de ses idéaux. Il faut rester debout, résistant et résilient.
Quel appel adressez-vous aux décideurs afin de permettre à la culture burkinabè de mieux rayonner ?
S'agissant des décideurs, il faut rappeler qu'un décideur dispose d'un pouvoir et qu'il est, le plus souvent, un acteur politique. C'est lui qui imprime une direction aux politiques publiques et aux actions menées. À ce titre, il est essentiel qu'il porte un regard rétrospectif sur ce qui a déjà été fait. Dans un pays, comme dans un secteur donné ou une institution, il existe toujours une mémoire. Cette mémoire doit être interrogée de manière approfondie afin d'éclairer les décisions présentes.
On se sert du passé pour construire le présent et pour mieux se projeter dans l'avenir. Rien ne commence jamais à partir de zéro. Il existe toujours des expériences antérieures, des acquis, mais aussi des erreurs dont on peut tirer des enseignements. Se ressourcer dans cette mémoire permet d'éviter les travers du passé et de bâtir des politiques plus cohérentes.
J'invite donc les décideurs à interroger davantage les archives, à analyser ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné. Certes, lorsqu'ils arrivent, ils ont souvent des objectifs clairs et une vision globale. Mais le secteur de la culture est un domaine particulièrement sensible, qui nécessite une approche spécifique. À mon sens, il est indispensable de décentraliser davantage la gouvernance culturelle afin de favoriser des décisions fortes, authentiques et adaptées aux réalités du terrain.
Considérer la culture comme un secteur ordinaire et y appliquer des décisions générales risque de lui nuire. La culture exige un regard particulier. Même à l'intérieur de ce secteur, il est nécessaire de mieux identifier les différents départements et filières afin d'assurer un suivi rigoureux et pertinent.
La culture ne peut être fondue dans la masse. Elle constitue l'identité d'un peuple, son reflet, sa direction et sa tonalité. Elle donne le ton de la société. À cet égard, il serait pertinent que les décideurs adoptent une approche plus fine et plus différenciée des composantes culturelles, en les considérant distinctement afin de favoriser des décisions plus justes, plus cohérentes et plus structurantes.
Malick Saga Sawadogo invite les jeunes qui souhaitent devenir journalistes culturels à se cultiver et à faire preuve de rigueur.Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans le journalisme culturel et se spécialiser dans la critique culturelle ?
Pour faire du journalisme, je pense qu'il faut disposer d'un minimum de formation, voire un diplôme. Dans le domaine culturel en particulier, il faut d'abord être animé par une véritable passion. La passion est ce qui pousse à s'engager durablement. Mais au-delà de cette passion, il est indispensable de se documenter. Lorsqu'on aborde un terrain, on doit le faire avec un solide bagage documentaire.
Il est également important d'éviter certains débats stériles sur les réseaux sociaux. Lorsqu'on veut être pris au sérieux et adopter une posture professionnelle, la crédibilité vient avec le temps, la rigueur et la qualité des analyses. Quand on est bien documenté et que l'on pose des réflexions solides, on commence progressivement à être suivi. Et ce suivi doit être compris en termes de qualité plutôt que de quantité : mieux vaut avoir deux ou trois lecteurs influents, dotés d'un réel bagage intellectuel, que des milliers de suiveurs sans véritable intérêt pour le fond.
C'est d'ailleurs dans cette logique que j'ai abordé les réseaux sociaux, notamment Facebook. Lorsque j'ai commencé à proposer des réflexions approfondies, mon objectif n'était pas la visibilité à tout prix, mais la constitution d'un lectorat de qualité. Je ne booste pas mes publications, je ne cherche pas à élargir artificiellement mon audience. Ceux qui trouvent le contenu sérieux s'abonnent, restent et recommandent naturellement.
Chercher à toucher tout le monde n'est pas mon objectif. Pour s'engager dans la critique culturelle professionnelle, il faut d'abord être passionné, engagé et éviter d'être généraliste. Il est essentiel de se positionner dans un domaine que l'on maîtrise, sur lequel on peut s'exprimer avec assurance, parce qu'on dispose de la documentation nécessaire.
Lorsqu'on prend la parole, il faut le faire avec des preuves, des références claires et vérifiables. C'est ce que l'on retrouve d'ailleurs dans mon ouvrage : il n'y a pas d'affirmations gratuites. On peut ne pas adhérer aux conclusions, mais le raisonnement est là. Il ne s'agit pas d'un raisonnement scientifique au sens académique, mais d'un raisonnement logique, structuré et professionnel.
À ceux qui souhaitent se lancer dans la critique culturelle, je dirais simplement ceci : documentez-vous, formez-vous et évitez de vous perdre dans le bruit des réseaux sociaux. Il faut savoir se mettre à distance de certains espaces pour rester concentré sur ce que l'on veut faire et sur ce en quoi l'on croit réellement.
Interview réalisée par Samirah Bationo
Lefaso.net
Longtemps minimisée, voire ignorée par certains parents, la santé mentale des enfants est un phénomène qui prend de l'ampleur. Entre anxiété, troubles du comportement, pression scolaire et écrans, les enfants, ainsi que les adolescents, peuvent présenter des troubles mentaux. Dans cet entretien, le Dr Boubacar Bagué, psychiatre et chef de service par intérim du service de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo, décrypte les fragilités psychiques et préconise des solutions pour une meilleure prise en charge.
Lefaso.net : Présentez-vous à nos lecteurs.
Boubacar Bagué : Je suis psychiatre, chef de service par intérim du service de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo.
Pouvez-vous nous présenter l'unité de pédopsychiatrie que vous dirigez ?
Le service de pédopsychiatrie est une unité rattachée au service de psychiatrie de Yalgado. Son rôle est de prendre en charge les enfants de 0 à 18 ans qui présentent des difficultés sur le plan mental. Il peut s'agir de maladies, de troubles du comportement, de difficultés scolaires, etc., tout ce qui est en lien avec les problèmes de développement. Nous intervenons donc auprès de ces enfants.
Les missions principales consistent en la prise en charge sur le plan mental et développemental, mais également dans l'accompagnement des enfants, y compris ceux qui sont scolarisés.
En termes de chiffres, que peut-on dire de la santé mentale chez les jeunes au Burkina Faso ?
Je ne donnerai pas de chiffre exact, mais le constat est qu'il y a une augmentation de la demande en consultation sur le plan national. Cela est peut-être lié à une meilleure sensibilisation et à une meilleure compréhension de la santé mentale. En effet, auparavant, les gens ne savaient pas qu'il existait des structures modernes prenant en charge ces enfants. Ils avaient soit recours à la médecine traditionnelle, soit à des associations à vocation humanitaire qui se proposaient de s'en occuper.
Aujourd'hui, on constate une augmentation générale de la demande. Il faut aussi mentionner le contexte sécuritaire, qui a dû jouer un rôle. Lorsqu'un pays est confronté à l'insécurité, il est évident que l'on observe une augmentation des troubles psychiatriques et bio-mentaux, aussi bien chez les enfants que chez les adultes.
Quels sont les motifs de consultation les plus fréquents chez les enfants et les adolescents ?
Les motifs les plus fréquents sont surtout ceux qui perturbent l'entourage, comme les troubles de l'agitation. Il y a aussi le retard de développement. Les parents constatent que leur enfant n'est pas comme les autres, qu'il présente un retard. Parfois, c'est également l'école qui oriente les enfants vers nous.
Par exemple, lorsqu'un enfant est inscrit à la maternelle et qu'il n'arrive pas à suivre comme ses camarades, ou qu'il perturbe la classe, l'école demande qu'il consulte un spécialiste, estimant que l'enfant a un problème important.
À cela s'ajoutent les signes liés au spectre autistique. On constate qu'il y a désormais une meilleure connaissance de l'autisme. Dès que l'enfant présente des retards ou des comportements qui inquiètent, les parents se demandent s'il n'est pas autiste. Voilà, de manière générale, les éléments qui orientent les consultations à notre niveau.
Lorsqu'on parle d'agitation, de quoi s'agit-il concrètement ?
L'agitation se manifeste lorsque l'enfant n'arrive pas à rester sur place, ne respecte pas le cadre, bouge constamment, fait des va-et-vient et ne respecte pas les consignes. Certains vont même jusqu'à saccager le matériel.
Observez-vous une augmentation de la demande ces dernières années ? Comment l'expliquez-vous ?
Oui, il y a une augmentation, à tel point que certaines demandes ne peuvent même pas être satisfaites. Cela s'explique par plusieurs facteurs. Le premier, selon moi, est l'information. Avant, les gens ne savaient pas vers où se tourner. Aujourd'hui, ils savent qu'il existe un centre spécialisé, donc ils s'orientent naturellement vers nous.
Ensuite, le contexte sécuritaire a contribué à l'augmentation des troubles. Enfin, il y a un autre phénomène, moins souvent évoqué : le mariage tardif. Le mariage tard est un élément qui occasionne des perturbations au niveau des enfants en augmentant le risque de survenue des tares neurodéveloppementales.
En quoi le mariage tardif peut-il avoir un impact sur la santé mentale des enfants ?
La santé mentale est liée, entre autres, au contexte génétique. Lorsque le mariage est tardif, cela peut influencer les conditions de conception. Des études ont montré que lorsque la mère atteint un certain âge, cela constitue un facteur de risque pour avoir des enfants présentant des difficultés sur le plan neurodéveloppemental. Autour de la quarantaine, ce n'est souvent pas favorable.
Comment, au Burkina Faso, les familles perçoivent-elles les troubles mentaux des enfants ? Le recours aux soins traditionnels est-il fréquent ?
La perception dépend du niveau d'éducation. Mais de manière générale, le premier recours est la médecine traditionnelle, qui est une médecine de proximité. Les familles cherchent à comprendre ce qui ne va pas : s'agit-il d'une transgression, d'un sort, d'une malédiction, d'esprits ou d'une possession ? Ce n'est qu'après ce parcours qu'elles comprennent qu'elles peuvent recourir à la médecine moderne. En revanche, les personnes ayant un meilleur niveau de compréhension se tournent plus rapidement vers la médecine moderne. Par ailleurs, lorsque l'enfant est suivi par des pédiatres, ce sont souvent eux qui l'orientent vers nous, selon la nature du cas.
Quels signes doivent alerter les parents, les enseignants ou les éducateurs ?
Il faut, de manière simple, faire une comparaison. Est-ce que l'enfant suit le même cheminement que les autres en termes d'acquisitions ? Les mères expérimentées savent bien faire cette comparaison. Par exemple, on se souvient que tel enfant parlait à deux ans, alors que celui-ci, à deux ou trois ans, ne parle toujours pas. Il y a là un retard. Si l'enfant n'arrive pas à respecter les codes, c'est-à-dire rester sur place ou obéir, cela doit également alerter. Il existe aussi l'extrême inverse.
L'agitation est problématique, mais un enfant trop passif, qui manque de dynamisme par rapport à ce qui est attendu à son âge, est également un signe d'alerte.
L'école joue un rôle important dans cette observation. On sait, par exemple, qu'un enfant de trois ans doit être capable de prononcer le nom de son père et de commencer à former des phrases. Si l'on constate qu'il n'a pas les mêmes capacités que ses camarades du même âge, cela doit interpeller les parents. Il faut donc être attentif à la chronologie du développement de l'enfant.
Par exemple, un enfant de deux ans qui ne parle toujours pas : si on l'amène en consultation, comment cela se passe-t-il ?
Le langage est effectivement un élément important à observer. À partir de deux ans, l'enfant devrait être capable de dire « papa », « maman » et d'exprimer ses besoins d'une manière ou d'une autre. Si, au bout de deux ans, l'enfant ne s'exprime pas, on ne se limite pas à l'évaluation du langage. On réalise une évaluation globale, car le développement de l'enfant ne se résume pas au langage. Il y a aussi la communication. La communication ne se limite pas au langage parlé. Elle inclut la capacité à s'exprimer par les gestes, les interactions et la communication émotionnelle. À un certain âge, même sans parler, l'enfant réagit aux émotions : si vous souriez, il sourit, par exemple.
Tous ces éléments sont pris en compte. Si un problème est identifié, on fait un état des lieux : l'enfant a-t-il besoin d'un orthophoniste pour améliorer le langage ? D'un psychomotricien pour développer les capacités motrices et l'initiative dans les activités ? Il s'agit donc d'un diagnostic global, basé sur l'analyse des signes, des difficultés et des manquements. Ce travail se fait en équipe. Le pédopsychiatre, l'orthophoniste, le psychomotricien, l'assistant social et le pédiatre peuvent intervenir. L'objectif principal est d'aider l'enfant à acquérir des compétences : le langage, le respect des normes, la communication et un comportement adapté à la communauté. C'est cela qui construit l'individu.
Comment différencier une crise d'adolescence d'un trouble psychique ?
La crise d'adolescence est d'abord liée à l'âge, souvent autour de 15 ans. L'adolescent a besoin d'affirmer son existence. Il n'est plus un enfant, mais pas encore un adulte. Il refuse d'être considéré comme un enfant, alors que la société ne le reconnaît pas encore comme adulte. C'est un problème de positionnement.
Il a besoin de s'exprimer, et c'est une étape plus ou moins incontournable. Souvent, cette phase est mal comprise et assimilée à de l'indiscipline.
Dans une crise d'adolescence, en dehors de l'opposition, il n'y a pas de trouble du comportement au sens pathologique. L'adolescent est performant à l'école, efficace dans ses activités, sans problème de développement. Il peut transgresser ou refuser d'obéir pour affirmer sa place, mais il reste fonctionnel.
En revanche, dans un trouble psychique, on observe des difficultés réelles : problèmes scolaires, incapacité à suivre les activités, perturbations cliniques identifiables lors de l'examen pédopsychiatrique ou psychiatrique. Dans ce cas, il s'agit d'une maladie. La crise d'adolescence, quant à elle, concerne une personne par ailleurs normale.
Recevez-vous des enfants déplacés internes ou victimes directes de la crise sécuritaire ? Quels traumatismes présentent-ils ?
Oui. Pour les enfants en difficulté liée à la crise, cela dépend des situations. Certains présentent des états de stress post-traumatique, après avoir vécu des événements difficiles comme des attaques terroristes, des viols ou d'autres exactions. Ils revivent ces scènes de manière intense et douloureuse, ce qui modifie leur perception du monde. Il y a aussi les enfants ayant perdu leurs parents, confrontés au deuil ou à l'abandon, des situations très difficiles à vivre.
Les déplacements internes entraînent également des changements brutaux de cadre de vie, souvent dans des conditions très différentes de celles connues auparavant. Les enfants peuvent alors développer des difficultés d'adaptation et exprimer leur mal-être de diverses façons. Les familles ne consultent pas immédiatement en psychiatrie ou en pédiatrie. C'est lorsque les crises deviennent insupportables ou lorsqu'un agent de santé attire l'attention sur le cas que les enfants nous sont amenés.
Quel peut être l'impact des écrans, des réseaux sociaux, du climat familial ou du stress scolaire sur la santé mentale des jeunes ?
Tous ces facteurs sont connus pour altérer la santé mentale des enfants. Les écrans, en particulier, jouent un rôle négatif, car l'enfant a besoin de socialisation, et les écrans entravent ce processus en monopolisant son attention.
Les études montrent qu'au-delà de quatre heures par jour passées devant les écrans, l'impact est négatif. Cela fatigue les neurones et nuit à l'apprentissage.
Le stress canalise également l'attention de l'enfant vers l'événement stressant, l'empêchant de se concentrer sur les activités scolaires. Ces situations nuisent à la capacité cognitive, aux performances scolaires, mais aussi à la socialisation et à l'acquisition de compétences sociales.
Disposez-vous de suffisamment de personnel, d'infrastructures et d'équipements pour une prise en charge efficace ?
Au Burkina Faso, il n'existe que deux centres de pédopsychiatrie, à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. La particularité de la pédopsychiatrie est qu'elle nécessite plusieurs spécialités. Actuellement, nous manquons de personnel, d'infrastructures et de matériel. Nous avons également besoin d'un cadre spécifique pour accompagner certains déficits. Par ailleurs, avec seulement deux centres, la distance décourage souvent les familles, ce qui nuit à la continuité du suivi après une ou deux séances.
Existe-t-il des politiques en cours pour remédier à ce problème ?
Personnellement, je ne suis pas impliqué dans la planification. Cependant, cette année, deux postes de spécialisation ont été ouverts pour la formation en pédopsychiatrie. Il est également prévu de développer la pédopsychiatrie à Ouahigouya avec l'ouverture d'un poste. En matière d'infrastructures, une place est réservée à la pédopsychiatrie à l'hôpital de Pala.
Quel message souhaitez-vous adresser aux parents pour une meilleure hygiène mentale des enfants ?
Une bonne hygiène mentale passe par une présence accrue et plus d'affection, surtout entre 2 et 5 ans, une période cruciale comparable à une charpente.
L'éducation doit être de qualité, notamment sur le plan émotionnel, de l'attachement et de la présence. L'enfant doit se sentir en sécurité avec ses parents. La violence, les cris ou les coups ne sont pas des méthodes adaptées à cette période. Il faut également être attentif au développement de l'enfant. Dès l'apparition d'anomalies ou de déficits inhabituels, il est important de recourir rapidement à la médecine moderne afin d'identifier le problème et de mettre en place une prise en charge précoce.
Plus l'intervention est précoce, meilleurs sont les résultats. Il faut aussi rappeler que l'enfance s'étend de 0 à 18 ans, une période durant laquelle les enfants peuvent être exposés aux substances psychoactives. Ces drogues ont un impact négatif sur les capacités intellectuelles et peuvent favoriser l'apparition de troubles psychiatriques à l'avenir. Il est donc essentiel de protéger les enfants contre ces substances.
Quel message adressez-vous aux autorités ?
Il est nécessaire d'augmenter le nombre de centres spécialisés et de former davantage de spécialistes pour la prise en charge des enfants.
Interview réalisée par Muriel Dominique Ouédraogo
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Le ministère de la Sécurité a enregistré un taux global de réalisation de 95,30% de son contrat d'objectifs à la date du 31 décembre 2025. L'annonce a été faite par le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, à l'issue de sa séance d'évaluation.
Selon le ministre, l'évaluation a porté sur sept actions prioritaires inscrites dans le contrat d'objectifs 2025. La première action concerne le renforcement des capacités opérationnelles des forces de police et de gendarmerie. À ce niveau, le ministère a procédé, au cours de l'année 2025, à l'acquisition de moyens roulants ainsi que de moyens de protection au profit des deux forces, afin d'améliorer leur efficacité opérationnelle sur le terrain. La deuxième action portait sur l'intensification de la lutte contre le grand banditisme et la criminalité en général. D'après Mahamadou Sana, les efforts déployés ont permis de réduire le taux de criminalité et de grand banditisme. « Nous avons été aussi évalués sur l'intensification de la lutte contre le grand banditisme et la criminalité de façon générale. A ce niveau, nous avons pu faire fléchir le taux de criminalité de 0,62 %», a fait savoir le ministre. Plusieurs opérations ont été menées dans ce cadre, dont l'opération Wibga, visant à renforcer la présence sécuritaire et à neutraliser les réseaux criminels.
La troisième action était relative à la consolidation de l'accès aux documents d'identité. En 2025, le ministère indique avoir produit 1,5 million de cartes nationales d'identité burkinabè ainsi que plus de 90 000 passeports au profit des populations. Le ministre a également souligné l'opérationnalisation du passeport AES et, plus récemment en janvier 2026, celle de la Carte d'identité de l'AES (CIB AES).
La quatrième action concernait la définition et la mise à niveau des réformes en matière de bonne gouvernance. À ce niveau, Mahamadou Sana a rappelé la réduction drastique des postes de contrôle, une mesure visant à lutter efficacement contre la corruption. Des initiatives telles que la brigade mobile de sécurité d'intervention et le commissariat mobile ont également été mises en place. Par ailleurs, le dispositif sécuritaire a été renforcé dans les grands centres urbains à travers l'installation de postes d'observation et d'autres mécanismes de contrôle. La cinquième action portait sur les modalités de participation des populations à la sécurité. Le ministre a insisté sur l'importance de la mobilisation citoyenne, soulignant que la sécurité demeure une responsabilité partagée entre les forces de défense et de sécurité et les populations.
La sixième action porte sur l'amélioration de la sécurité routière. Face à un taux encore élevé de mortalité sur les routes, le ministère a mené de nombreuses actions de sensibilisation et de répression. Ces efforts ont permis, selon le ministre, d'enregistrer une réduction du taux de criminalité lié aux accidents de la route au Burkina Faso. La septième action concernait la mutualisation des systèmes d'information. À ce niveau, plusieurs plateformes ont été développées, notamment celles supportées par le système d'Identification, rapprochement et analyse de police (IRAPOL). Ces outils permettent d'anticiper les contrôles en identifiant les personnes ou objets recherchés.
Au terme de l'évaluation, le ministre Mahamadou Sana a indiqué que des instructions claires ont été données pour poursuivre et intensifier les réformes engagées dans le secteur de la sécurité. Il y a le renforcement de la lutte contre la criminalité et le grand banditisme et l'amélioration des résultats obtenus.
Il a également annoncé des orientations visant à renforcer la gestion des ressources fauniques, forestières et halieutiques. Le ministre a rappelé que le corps des Eaux et Forêts est désormais rattaché au ministère de la Sécurité, une réforme appelée à être capitalisée et consolidée.
Rama Diallo
Lefaso.net
Le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a procédé, ce lundi 02 février 2026, à l'évaluation du contrat d'objectifs 2025 du Ministre d'État, Ministre de l'Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, indique la direction de la communication de la Primature. Son taux de performance se situe à 80,43 %,
Parmi les acquis majeurs figurent les progrès réalisés dans le domaine de l'état civil. Selon le Ministre d'État, 30 communes du Burkina Faso disposent désormais de registres d'état civil entièrement numérisés. S'agissant de la délivrance d'actes d'état civil aux personnes déplacées internes, les résultats ont largement dépassé les prévisions initiales, avec plus de 121 000 actes délivrés, contre 65 000 initialement programmés. En matière de cohésion sociale, dix initiatives ont été mises en œuvre au profit des populations, contribuant au renforcement du vivre-ensemble. Par ailleurs, dans le cadre de la promotion des libertés religieuses, près de 1 250 personnes ont bénéficié d'actions de sensibilisation.
Le Ministre d'État a relevé certaines difficultés, notamment en ce qui concerne la modernisation des infrastructures aéroportuaires. À ce sujet, il a indiqué avoir reçu des orientations et des conseils du Premier ministre en vue de lever les contraintes identifiées. Assurant de sa détermination à améliorer les performances de son action, le Ministre d'État, Émile Zerbo, a précisé que les recommandations formulées serviront de base pour corriger les insuffisances et renforcer la mise en œuvre des actions au cours de l'année 2026.
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Source : DCRP/Primature
Souvent entourée de mystères et parfois de préjugés, la confrérie des dozos continue de susciter interrogations et inquiétudes au sein de l'opinion publique au Burkina. À l'occasion d'un échange avec la presse, le vendredi 30 janvier 2026 à Bobo-Dioulasso, les responsables de l'Union nationale des dozos ont levé un coin du voile sur le fonctionnement interne de la confrérie, le rôle des femmes, le processus d'initiation, la question des infiltrations ainsi que l'engagement des dozos pour la protection de l'environnement.
D'emblée, les responsables rappellent que la confrérie dozo est une organisation traditionnelle à caractère initiatique. « La confrérie, c'est une secte. Ce qui peut être dit à la presse, c'est ce que nous sommes en train de dire », précise le « dozoba » Aly Konaté, soulignant que certaines réalités demeurent volontairement discrètes, conformément aux règles internes. À en croire Aly Konaté, contrairement à une idée répandue, les femmes ont bel et bien leur place au sein de la confrérie, répondant à une question des journalistes.
« Oui, il y a des femmes dans la confrérie. Il y a des femmes dans l'Union nationale des dozos », affirme Aly Konaté. Ces femmes, souvent qualifiées de « personnes de l'ombre », collaborent activement avec l'organisation, même si elles restent moins visibles que les hommes. Leur discrétion est présentée non pas comme une marginalisation, mais comme une spécificité liée à leur rôle et aux traditions de la confrérie.
Selon le « dozoba » Aly Konaté, les femmes ont bel et bien leur place au sein de la confrérieL'initiation dozo : un processus encadré et progressif
Contrairement à certaines perceptions, devenir dozo ne relève ni d'une décision individuelle immédiate ni d'un simple désir. « Pour être « dozoba », il n'y a pas d'âge, mais il y a des conditions », explique-t-il. L'initiation repose avant tout sur la motivation, le courage et l'engagement du candidat, mais aussi sur un minimum de connaissances et d'étapes à franchir. Le futur initié est confié à un chef dozo, souvent différent de celui qui l'a initié, et doit progressivement acquérir des savoirs pratiques et spirituels.
« Avant qu'on te laisse seul aller en brousse, il faut que tu acquières certaines connaissances. Avant même de porter un fusil, il y a des étapes », précise Aly Konaté. Devenir chef dozo, capable à son tour d'initier des élèves, exige un niveau encore plus élevé de maîtrise et d'expérience.
L'un des points majeurs abordés concerne l'irréversibilité de l'initiation. « Une fois que tu es initié dozo, tu mourras dozo », a-t-il laissé entendre. C'est pourquoi l'approbation de la famille est obligatoire avant toute initiation. Si les parents sont en vie, leur consentement est exigé. À défaut, celui de l'épouse ou, dans certains cas, de l'enfant est requis. Cette exigence vise à éviter toute contestation ultérieure et à garantir que l'initié mesure pleinement la portée de son engagement. « Nous ne disons pas que nous faisons une enquête de moralité, mais l'initiation passe par plusieurs filtres », expliquent-ils.
« Une fois que tu es initié dozo, tu mourras dozo », lance le « dozoba » Aly KonatéLa question des infiltrations
Avec plus de 3 000 initiés annoncés cette année, la question des infiltrations préoccupe l'opinion. Les responsables reconnaissent que des cas ont existé par le passé. « Oui, nous avons eu des infiltrations, une soixantaine environ », admettent-ils. Toutefois, ils affirment que ces situations ont été traitées avec fermeté et assurent ne plus craindre aujourd'hui ce phénomène. À en croire le dozoba Aly Konaté, la confrérie se veut ouverte à toutes les religions et à toutes les éthiques, à condition que l'initiation respecte les règles établies et bénéficie de la bénédiction familiale.
À en croire le « dozoba » Aly Konaté, la confrérie se veut ouverte à toutes les religions et à toutes les éthiquesSouvent associés à la chasse, les dozos revendiquent également un rôle central dans la protection de l'environnement. Le choix de leurs tenues, à la couleur de l'herbe sèche, n'est pas anodin. « Nous chassons après l'hivernage, lorsque les animaux ont fini de mettre bas », explique-t-il. Selon lui, pendant la saison des pluies, un dozo ne chasse pas, afin de préserver la reproduction de la faune. Cette pratique, dit-il, responsable fait des dozos des protecteurs de la nature, conscients de l'équilibre écologique. « La protection commence par-là », conclut-il, rappelant que le « dozoya » s'inscrit avant tout dans une relation respectueuse entre l'homme, la nature et la tradition.
Romuald Dofini
Lefaso.net