Réunis en séance plénière ce lundi 19 octobre 2026, les députés de l'Assemblée législative du peuple (ALP) ont adopté le projet de loi portant définition et détermination des entités économiques, commerciales et industrielles à caractère stratégique. Ce texte interdit la privatisation totale ou partielle des entreprises stratégiques appartenant à l'État et renforce les prérogatives de ce dernier en matière de contrôle et de participation au capital des entités jugées stratégiques.
Les dispositions de cette loi interdisent toute privatisation, totale ou partielle, d'une entreprise ou d'une structure à caractère stratégique appartenant à l'État.
Selon le ministre en charge de l'industrie, Serge Poda, qui a défendu le projet de loi devant la représentation nationale, le texte définit plusieurs critères permettant de déterminer si une société, une entité ou un secteur présente un caractère stratégique. Il s'agit notamment de critères liés à la souveraineté nationale et à la sûreté de l'État face aux menaces intérieures comme extérieures. Le ministre a également évoqué l'importance de l'impact de ces entités sur les équilibres sociaux et économiques du pays.
« À travers cette loi, l'État a désormais toutes les prérogatives pour encadrer, contrôler et suivre les entités publiques à caractère stratégique. Il a également la possibilité de prendre des parts ou de renforcer ses participations dans des entités privées qui seront jugées stratégiques dans notre pays », a expliqué le ministre en charge de l'industrie.
Serge Poda a par ailleurs rappelé que cette loi constitue un instrument législatif et juridique renouvelé. Une précédente loi, adoptée en 1993, confie-t-il, définissait et recensait les entreprises économiques et commerciales considérées comme stratégiques afin de les protéger de la vague de privatisations qu'avait connue le pays au cours des années 1990.
« Au fil du temps, cette loi a révélé un certain nombre d'insuffisances. Le contexte économique et politique, ainsi que la vision et la dynamique actuelles orientées vers la souveraineté économique et industrielle de notre pays, rendaient plus que nécessaire sa relecture et l'adoption d'une nouvelle loi », a-t-il laissé entendre.
Pour le ministre, il s'agit d'un texte qui va sonner le renouveau de la création et de la protection d'outils d'importance stratégique de transformation, de production commerciale, industrielle, économique, en visant la souveraineté de notre pays.
D'autres innovations
En plus de l'interdiction des privatisations des entreprises à caractère stratégique, cette loi contient plusieurs autres innovations. Ce sont, notamment, l'encadrement du pouvoir de décision des entités économiques, commerciales et industrielles à caractère stratégique publiques ou à participation publique majoritaire à travers l'interdiction de certaines opérations sans autorisation préalable du conseil des ministres ; l'affirmation claire de la possibilité pour l'État de réserver l'exercice de certaines activités économiques stratégiques définies par voie réglementaire à des nationaux ; la prise en compte d'une clause d'insaisissabilité des biens et des comptes des entités économiques, commerciales ou industrielles publiques ou à participation publique majoritaire à caractère stratégique.
Cette loi a été adoptée par 70 voix pour et une abstention.
Serge Ika Ki
Lefaso.net
Nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Kisito Traoré, ingénieur de conception en informatique et acteur de longue date de la modernisation de l'administration publique, dont le parcours retrace plus de trois décennies d'efforts pour informatiser les finances publiques, connecter les institutions et inscrire le numérique au cœur des politiques nationales.
Aujourd'hui, lorsqu'un agent de l'État consulte une application de gestion budgétaire, lorsqu'un service administratif transmet des informations à un autre ou lorsqu'un ministère utilise un réseau informatique partagé, ces gestes paraissent presque ordinaires. Mais il fut un temps où tout cela restait à construire. Les ordinateurs étaient peu nombreux. Les réseaux administratifs se limitaient à quelques bâtiments. Les logiciels de gestion devaient être imaginés, développés, installés et expliqués à des utilisateurs qui découvraient parfois l'informatique. C'est dans ce Burkina Faso-là que Kisito Traoré commence sa carrière, en 1992.
Il fait partie de ces professionnels qui ont connu l'administration avant sa transformation numérique et qui ont participé, étape après étape, à la construction de ses premiers systèmes informatiques. Son parcours raconte une évolution remarquable : du programmeur qui conçoit des solutions à l'ingénieur qui dirige des équipes, puis au responsable qui coordonne des stratégies nationales. Il est de la trempe des hommes qui ont imprimé leur nom partout où ils sont passés.
De Bomborokuy aux mathématiques, le goût des problèmes à résoudre
L'itinéraire de Kisito Traoré commence dans le système éducatif burkinabè. Après l'école primaire de Bomborokuy, il poursuit ses études au Collège Charles Lwanga de Nouna, au lycée provincial de Dédougou, puis au lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, où il obtient son baccalauréat série C en 1987. Il rejoint ensuite l'Université de Ouagadougou pour étudier les mathématiques. Il obtient une licence en 1990, puis une maîtrise en 1991. Il ressort d'ailleurs que les programmes informatiques écrits par Kisito Traoré lors des travaux pratiques d'analyse numérique en année de maîtrise ont été conservés et réutilisés au fil des ans par le professeur comme modèles pour les promotions successives d'étudiants que ce dernier a enseignées jusqu'à son départ en retraite en 2020.
Les mathématiques lui apportent une méthode : analyser un problème, comprendre ses contraintes et construire une solution logique. Cette rigueur constituera le socle de son parcours informatique. En 1992, il obtient un diplôme d'études supérieures spécialisées en informatique double compétence à l'Université de Nancy I, en France. Sa spécialisation porte sur les outils informatiques appliqués à la résolution des problèmes mathématiques.
1992 : un logiciel industriel comme première démonstration
Pour son projet de fin d'études, Kisito Traoré rejoint le département recherche et développement d'une usine sidérurgique à Fos-sur-Mer, en France. Sa mission consiste à concevoir un logiciel capable d'analyser des courbes d'intensité électrique liées au défournement du coke. L'objectif est d'aider à interpréter les données et à orienter les décisions concernant la cuisson ou la maintenance des équipements. Le projet obtient la meilleure note de sa promotion et l'entreprise finalise ensuite le logiciel pour une utilisation industrielle.
Cette expérience est révélatrice de sa manière d'aborder l'informatique. Un programme n'est pas seulement une suite d'instructions. C'est un outil destiné à résoudre un problème concret. Cette philosophie le suivra lorsqu'il quittera l'industrie pour rejoindre l'administration burkinabè.
1992 : entrée dans les coulisses des finances publiques
En décembre 1992, Kisito Traoré commence sa carrière au ministère de l'Économie et des Finances. Il y travaille comme ingénieur de développement et administrateur réseau. À cette époque, l'informatisation des finances publiques représente un chantier majeur. Il faut développer des applications pour gérer les dépenses, suivre les recettes, identifier les contribuables et organiser les informations administratives.
Kisito Traoré participe notamment à la conception de la première version informatisée de l'Identifiant financier unique (IFU) des contribuables, avec un travail de rapprochement des bases de données des Douanes et des Impôts. Il intervient également sur le Circuit informatisé de la dépense (CID), outil de gestion budgétaire de l'État.
Ces réalisations répondent à des besoins essentiels. Une administration financière doit savoir quelles ressources elle mobilise, quelles dépenses elle engage et comment les opérations sont exécutées. L'informatique permet progressivement de structurer ces informations, de faciliter leur traitement et de renforcer les possibilités de suivi. Kisito Traoré participe ainsi à l'un des premiers grands chantiers de modernisation numérique de l'État.
RESINA : relier les administrations entre elles
Dès 1993, Kisito Traoré figure parmi les promoteurs du Réseau informatique national de l'administration publique, le RESINA. L'ambition est simple à formuler, mais complexe à réaliser : permettre aux structures de l'État de communiquer à travers un réseau informatique commun. A Ouagadougou, le réseau métropolitain passe de trois bâtiments reliés par fibre optique en 1995 à une trentaine en 2000.
Derrière ces chiffres se cache un changement profond. Les services administratifs ne sont plus nécessairement condamnés à travailler sur des systèmes isolés. Ils peuvent progressivement accéder à des applications et partager des ressources informatiques.
Plus tard, sous sa responsabilité à la direction informatique du ministère, le réseau s'étend davantage. Plus de 200 sites répartis dans plus de 70 localités, ainsi que 14 missions diplomatiques et consulaires reliées pour des services de téléphonie optimisée. Le RESINA devient ainsi l'un des fils conducteurs de sa carrière : un projet auquel il contribue dès ses débuts et qu'il accompagne ensuite à des niveaux de responsabilité plus élevés.
De l'ingénieur au directeur : quinze années pour structurer l'informatique des finances
Après avoir dirigé le service des études et applications entre 1998 et 2002, Kisito Traoré devient directeur des services informatiques du ministère de l'Économie et des Finances en octobre 2002. En mai 2010, il accède à la fonction de directeur général des services informatiques, qu'il exerce jusqu'en avril 2017. Pendant cette période, ses responsabilités dépassent largement le développement de logiciels. Il doit organiser les équipes, définir des priorités, renforcer les infrastructures et accompagner les réformes administratives.
Sous sa coordination, plusieurs systèmes d'information sont développés ou adaptés. Ils concernent notamment les recettes publiques, les financements extérieurs, les marchés publics, la comptabilité des matières et la gestion des dépenses de l'État. Parmi eux figurent le Circuit intégré de la recette (CIR), le Circuit intégré des financements extérieurs (CIFE) et le Système d'information intégré des marchés publics (SIMP). Ces noms peuvent sembler techniques. Ils désignent pourtant des fonctions très concrètes de l'administration : percevoir des ressources, suivre des financements, passer des marchés et exécuter un budget. L'informatisation de ces processus contribue à rendre leur gestion plus structurée.
Accompagner les grandes réformes budgétaires
Un logiciel administratif ne peut pas rester figé lorsque les règles changent. Or, au cours de ces années, le Burkina Faso engage plusieurs réformes de la gestion des finances publiques. Kisito Traoré participe notamment à l'adaptation des systèmes informatiques au cadre harmonisé de l'UEMOA et à la réforme du budget-programme, entrée en vigueur au Burkina Faso le 1er janvier 2017. Son travail porte sur l'analyse des conséquences informatiques, la définition des besoins, la préparation des adaptations et l'organisation de leur mise en œuvre.
Cette expérience montre une autre dimension de son métier. L'informatisation ne consiste pas simplement à reproduire sur ordinateur des procédures existantes. Elle doit accompagner les changements de l'administration. Lorsque les règles budgétaires évoluent, les systèmes d'information doivent évoluer avec elles. L'ingénieur devient alors un acteur de la réforme institutionnelle.
Former les utilisateurs, développer les équipes
Kisito Traoré accorde également une place importante à la formation. Dans les premières années de sa carrière, il participe à l'initiation de plus de 500 utilisateurs aux outils bureautiques. Plus tard, à la tête des services informatiques du ministère, il supervise des programmes de formation destinés aux agents et aux utilisateurs des applications financières. Le document mentionne notamment la formation de plus de 1 000 utilisateurs à la micro-informatique et le passage de 4 000 à plus de 10 000 utilisateurs des logiciels métiers des finances publiques, avec formation des nouveaux utilisateurs et recyclage des anciens.
Il investit aussi dans le développement des compétences de ses équipes. Des agents sont formés ou certifiés dans des domaines comme la gestion de projets, la gouvernance informatique, la qualité et la gestion des services numériques. Entre 2002 et 2017, les effectifs de la direction informatique passent de 12 à 73 personnes. Ce travail rappelle une évidence : une administration ne devient pas numérique parce qu'elle achète des ordinateurs. Elle le devient lorsque ses agents savent utiliser les outils, lorsque les équipes techniques peuvent les maintenir et lorsque l'organisation apprend à évoluer.
2017 : passer des finances publiques à la stratégie numérique nationale
En mai 2017, Kisito Traoré franchit une nouvelle étape. Il devient secrétaire général du ministère chargé des télécommunications, des technologies de l'information et de la communication et des postes. Il occupe cette fonction jusqu'en avril 2025.
Après vingt-cinq années consacrées principalement à l'informatisation des finances publiques, son champ d'action s'élargit à l'ensemble du secteur numérique. Il ne s'agit plus seulement de moderniser les systèmes d'un ministère. Il faut contribuer à organiser les politiques, les programmes et les réformes qui concernent le développement numérique national. Ses responsabilités couvrent la coordination administrative, la planification stratégique et le suivi des grands chantiers du département. Ce passage marque une évolution majeure de son parcours : de l'informatique comme outil de gestion à la transformation numérique comme politique publique.
Donner une direction au numérique burkinabè
Entre 2017 et 2025, Kisito Traoré coordonne ou pilote l'élaboration de plusieurs stratégies et plans nationaux. Notamment la Stratégie nationale de développement de l'économie numérique 2018-2027, le Schéma directeur d'aménagement numérique 2019-2028, la stratégie de promotion des logiciels libres 2021-2025 et celle consacrée au développement de l'expertise nationale.
Ces documents répondent à des questions de fond. Comment développer les infrastructures numériques ? Comment améliorer l'accès aux services ? Comment renforcer les compétences nationales ? Quelle place donner aux logiciels libres ? Comment organiser les investissements et les priorités ? Le rôle d'un secrétaire général n'est pas de réaliser personnellement chacun de ces projets. Il consiste notamment à coordonner les équipes, les structures et les processus nécessaires à leur élaboration et à leur suivi. C'est cette responsabilité de pilotage que met en évidence son CV.
Construire les règles communes de l'administration numérique
La transformation digitale suppose également que les systèmes informatiques puissent fonctionner ensemble. Un ministère peut disposer d'une application performante sans parvenir à échanger facilement des informations avec une autre administration. Les systèmes peuvent être conçus selon des normes différentes. Les exigences de sécurité peuvent varier. Les méthodes de gestion de la qualité peuvent manquer d'harmonisation. Sous la coordination de Kisito Traoré, le ministère travaille à plusieurs référentiels techniques, notamment le Référentiel général d'interopérabilité, le Référentiel général de sécurité et le référentiel d'urbanisation des systèmes d'information.
Son CV mentionne également des travaux sur des avant-projets de loi relatifs à la protection des systèmes d'information, à l'identification électronique et à la promotion des startups. Il convient de distinguer ces travaux préparatoires de l'adoption effective de textes ou de leur application. Mais ils illustrent une préoccupation essentielle : donner à la transformation numérique un cadre institutionnel et juridique cohérent et approprié, au-delà de la multiplication des applications.
Des infrastructures aux services publics numériques
Pendant ses années au secrétariat général, Kisito Traoré préside les comités de pilotage de plusieurs projets majeurs. Parmi eux figurent E-Burkina, le G-Cloud, le projet de backbone national des télécommunications, le renforcement du RESINA, l'initiative Burkina Open Data et le programme WURI consacré à l'identification unique pour l'intégration régionale et l'inclusion en Afrique de l'Ouest.
Ces initiatives répondent à des besoins différents, mais complémentaires. Le backbone national concerne les grandes infrastructures de connectivité. Le RESINA relie les administrations. Le G-Cloud vise la mutualisation de capacités d'hébergement et de stockage. L'Open Data concerne l'accès et la réutilisation des données. L'identification unique touche à la possibilité de mieux identifier les personnes dans le cadre des services concernés. Ensemble, ces chantiers montrent la diversité des dimensions nécessaires à la construction d'un État numérique.
La cybersécurité et la gouvernance des institutions
Le parcours de Kisito Traoré comprend également d'importantes responsabilités dans la gouvernance des organismes publics du secteur. Il préside le conseil d'administration de l'Agence nationale de promotion des technologies de l'information et de la communication (ANPTIC) de décembre 2017 à décembre 2023. De mars 2024 à mai 2025, il préside celui de l'Agence nationale de sécurité des systèmes d'information (ANSSI). Il préside aussi, d'avril 2024 à avril 2025, le comité de pilotage relatif à la mise en œuvre de la convention relative à la délégation de service public pour l'exploitation des infrastructures publiques de télécommunications par fibre optique (le backbone national).
Il a également été membre des conseils d'administration de l'Institut diplomatique et des relations internationales de 2004 à 2007 et de l'Institut des hautes études internationales de 2009 à 2017. Cette longue proximité avec le monde diplomatique a dû forger en lui certaines aptitudes fort utiles dans son parcours.
Ces responsabilités témoignent de l'élargissement progressif de son expertise. Car à mesure que l'administration se numérise, la question de la sécurité devient centrale. Les systèmes doivent être disponibles. Les données doivent être protégées. Les infrastructures doivent être gouvernées avec rigueur. La transformation numérique ne peut être durable sans confiance dans les outils qui la rendent possible.
La Semaine du numérique, un rendez-vous à faire grandir
Kisito Traoré a également joué un rôle majeur dans l'organisation de la Semaine du numérique, l'un des grands rendez-vous nationaux annuels du secteur, dont la première édition remonte à 2005. Il préside son comité national d'organisation de 2017 à 2024. Auparavant, il a été membre du jury officiel en 2010 et 2015, puis président du jury officiel de la vingtième édition en 2025.
Ces responsabilités complètent son travail institutionnel. Un événement consacré au numérique permet de rendre visibles des innovations, de favoriser les échanges et de rapprocher les professionnels, les administrations, les entreprises et les citoyens. L'organisation de telles rencontres participe à la construction d'un écosystème. Elle donne aussi une place aux talents qui cherchent à faire connaître leurs réalisations.
Transmettre aux jeunes, ne pas oublier ses racines
Bien avant ses responsabilités nationales, Kisito Traoré s'engage dans l'enseignement. Au cours des années universitaires 1992-1993 à 2001-2002, il intervient comme enseignant vacataire à l'École supérieure d'informatique de Bobo-Dioulasso dès la toute première promotion d'étudiants bien avant le transfert de cette école de l'Université de Ouaga à Bobo. Il y intervient essentiellement dans l'encadrement des projets de fin de cycle d'étudiants sur la conception de logiciels, les réseaux et les systèmes d'information. Il enseigne également à l'Institut supérieur d'informatique et de gestion de Ouagadougou de 1996 à 2000, notamment les bases de données, la programmation et la conduite de projets informatiques.
Son engagement dépasse les salles de cours. Au Collège Charles Lwanga de Nouna, où il a étudié, il contribue à mobiliser des appuis pour renforcer les équipements informatiques. En 2005, il initie la réalisation d'un réseau local destiné à relier les bureaux administratifs et les salles informatiques. En 2012, il contribue à un don de 25 ordinateurs. En 2022, il facilite un nouvel appui comprenant 14 ordinateurs de bureau, cinq ordinateurs portables et un vidéoprojecteur. Ces gestes donnent une dimension humaine à son parcours. Après avoir travaillé à connecter les institutions de l'État, il continue à soutenir l'accès aux outils informatiques dans un établissement scolaire qui a marqué sa jeunesse.
Une carrière construite dans la durée
De 1992 à 2025, Kisito Traoré a traversé plusieurs grandes étapes de l'histoire numérique du Burkina Faso. Il a connu les premiers réseaux administratifs. Il a participé à la conception de logiciels de gestion dans l'administration publique. Il a dirigé des équipes chargées de maintenir et de faire évoluer ces systèmes. Il a accompagné des réformes budgétaires. Puis il a contribué au pilotage des stratégies et des projets nationaux de transformation digitale. Son parcours se distingue par cette continuité. Il n'a pas seulement observé le développement de l'informatique publique. Il y a participé à différents niveaux : technique, organisationnel, institutionnel et stratégique.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que Kisito Traoré fait partie des professionnels qui ont contribué à poser les fondations de l'informatique administrative burkinabè dès le début des années 1990.
Parce qu'il a participé à la conception et à l'évolution de systèmes essentiels à la gestion des finances publiques, notamment le Circuit informatisé de la dépense et l'Identifiant financier unique.
Parce qu'il figure parmi les pionniers du RESINA, réseau qui a progressivement permis de connecter des structures administratives sur l'ensemble du territoire national.
Parce qu'il a dirigé pendant près de quinze ans les services informatiques d'un ministère aussi stratégique et transversal que celui de l'Économie et des Finances, en développant les systèmes, les infrastructures et les compétences humaines.
Parce qu'en qualité de secrétaire général du ministère chargé du numérique, de 2017 à 2025, il a contribué à la coordination de stratégies nationales, de référentiels techniques et de grands projets de transformation digitale.
Parce qu'il a également consacré une partie de son parcours à la formation et au soutien à l'équipement informatique des établissements scolaires.
Et parce que son histoire rappelle que la transformation numérique d'un État est une œuvre de longue haleine, qui demande des compétences techniques, une vision institutionnelle, de la méthode et la capacité de transmettre.
Avec Kisito Traoré, le Burkina numérique raconte l'histoire de ses fondations : celles des premiers logiciels, des premiers réseaux administratifs et des professionnels qui ont patiemment contribué à faire de l'informatique un instrument de modernisation de l'État.
18 octobre 1896-18 octobre 2026 ; cela fait 130 ans qu'a eu lieu, sur le site de Kiidiga, un violent affrontement entre les vaillants combattants du Dima de Boussouma et les envahisseurs français. Sur ce site historique, sis précisément sur les emprises du fleuve Nakambé, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Kaya (chef-lieu de la région des Koulsé), trône désormais une plaque commémorative, porteuse d'un message à l'endroit de l'ensemble du peuple burkinabè : « Nos grands-parents n'ont jamais été vaincus hier. Nous ne serons pas vaincus aujourd'hui. »
Cette cérémonie officielle a, ce dimanche 18 octobre 2026, sur le site de Kiidiga, réuni de nombreuses populations venues de la localité et d'autres contrées, dont plusieurs leaders traditionnels et coutumiers. Le gouvernement était, lui, représenté par le ministre de la communication, de la culture, des arts et du tourisme, porte-parole du gouvernement, Gilbert Ouédraogo, et le ministre de l'enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique, Pr Moumouni Zoungrana, avec à leurs côtés de nombreux collaborateurs et autorités locales.
De droite vers la gauche : Mme la gouverneure de la région des Koulsé, Bernadette Sérémé ; le ministre en charge de la culture, Gilbert Ouédraogo, et le ministre en charge de l'enseignement secondaire, Pr Moumouni Zoungrana.Outre les différentes interventions des personnes-ressources, des témoignages et la conférence sur le sujet, la journée commémorative a été marquée également par le message du gouvernement, livré par son porte-parole, Gilbert Ouédraogo, ministre en charge de la culture. « Pour comprendre la portée de notre rassemblement de ce jour, il nous faut remonter le fil du temps et rouvrir sans complexe le livre de notre histoire nationale : non pas telle qu'elle fut écrite par les plumes biaisées et mensongères de l'oppresseur et envahisseur français, mais telle qu'elle a été vécue, éprouvée et transmise par la mémoire vive de notre peuple. Cette vérité historique, confirmée par nos chercheurs. En octobre 1896, l'impérialisme occidental, imbu de sa prétendue puissance technologique et guidé par la voracité prédatrice du Congrès de Berlin, déferlait sur la boucle du Niger. La conquête coloniale française s'avançait vers le Moogho à travers une brutalité inouïe. Sous la conduite de la tristement célèbre colonne militaire française dirigée par les lieutenants Paul Voulet et Julien Chanoine, une horde d'invasion lourdement armée de fusils à répétition et de canons s'efforçait de plier les royaumes africains, de détrôner nos souverains et d'imposer des traités d'asservissement et de protectorat », a d'abord situé le ministre Gilbert Ouédraogo, déroulant son discours au nom du Premier ministre.
Face à cette lancée d'accaparement des ressources, poursuit ensuite le ministre, le Riungu de Boussouma (cet État guerrier et souverain, fondé vers 1530 par Naaba Nabigswendé et rendu pleinement autonome par la vision politique de Naaba Ligdi) va opposer un refus catégorique et intransigeant. Sous l'autorité morale et politique du Dîma Naaba Koom (1890-1908), en alliance fraternelle avec le Mogho Naaba Wōbga de Ouagadougou, la résolution fut prise : « Plutôt la mort que la servitude ! », retrace le ministre de la culture.
Selon la reconstitution des faits, c'est sur ce site de Kiidiga, sur les emprises du fleuve Nakambé, que le premier choc « d'une violence inouïe » a eu lieu le 18 octobre 1896. « Le nom même de ce site, ‘'Kiidiga'', porte dans sa 130ᵉ chair le souvenir de cet affrontement titanesque : en langue nationale mooré, Kiidiga désigne le lieu ‘'où il y a eu trop de morts''. Face à la colonne Voulet-Chanoine composée de cinquante mercenaires aguerris et suréquipés, les guerriers du Kombéré de Mané, sous la conduite éclairée de notables intègres et du Kombéré Naaba Seebdo, ne reculèrent pas d'un pouce. Armés seulement de leurs sagaies, de leurs arcs, de leurs flèches empoisonnées, de leurs sabres et d'un courage surhumain, les combattants de Mané ont affronté la mitraille. Ils sont tombés par dizaines dans les eaux du Nakambé. Le même jour, au front de Zabr-Kuka, à un kilomètre à l'ouest, les combats se sont poursuivis avec une férocité inouïe, où les impacts de flèches sur les arbres témoins sont encore gravés dans la mémoire collective. Kiidiga ne fut pas une défaite ; ce fut le baptême de feu d'un peuple qui refusait la fatalité de la domination ! », enseigne le premier responsable en charge de la culture.
« Nos grands-parents n'ont jamais été vaincus hier. Nous ne serons pas vaincus aujourd'hui »
Selon Gilbert Ouédraogo, une mission d'inventaire scientifique et patrimonial menée sur le terrain en juillet-août 2026 par les équipes techniques du ministère en charge de la culture, en collaboration avec l'association Académie Royale Kéoogo de Boussouma, la chefferie coutumière et les enseignants-chercheurs de l'université, a permis d'établir une vérité historique majeure : la résistance de Boussouma n'était pas un fait isolé, mais un réseau structuré, un paysage mémoriel cohérent s'étendant sur quinze sites majeurs répartis dans neuf localités.
« Kiidiga n'est que la première étincelle d'un brasier de résistance patriotique qui s'est propagé étape par étape », relève le ministre, citant au passage le champ de bataille de Baad-noogo et la grotte de Silmidougou, les figures immortelles de Gnoudou, Rassablaga et du Héros de Birigui, le martyre de l'héroïne anonyme de Birigui, la dimension spirituelle de Pousmiougou à Louda et enfin, l'incendie du Palais de Wayugya et la résilience du Dîma Naaba Koom.
« Pendant des décennies, l'idéologie coloniale et néocoloniale a tenté de nous amputer la mémoire. Elle a voulu nous faire croire que notre histoire avait commencé avec l'arrivée de l'envahisseur. Cette idéologie coloniale a expressément laissé dans l'oubli et l'abandon les hauts lieux de nos luttes anticoloniales pour étouffer en nous la fierté nationale et l'esprit de résistance. Cette époque d'amnésie organisée est définitivement révolue ! Sous l'impulsion éclairée du camarade président, le capitaine Ibrahim Traoré, nous avons entrepris, avec l'ensemble des Burkinabè, une entreprise salutaire de décolonisation des esprits et de réappropriation de notre patrimoine mémoriel », a déclaré le ministre porte-parole du gouvernement, Gilbert Ouédraogo, avant de lancer un appel patriotique à la jeunesse de Mané, du Sanbontenga et du Burkina Faso tout entier : « Regardez le site de Kiidiga ! Ne laissez personne vous dire que vous êtes un peuple résigné. Vos ancêtres ont défié les plus grandes puissances coloniales de leur époque avec des flèches et une foi inébranlable. Soyez dignes de ce sang qui coule en chacun de vous ! Soyez des remparts sans faille pour la patrie ! Refusez la division, la manipulation et la lâche désertion ».
Selon des intervenants, la bataille de Kiidiga revêt donc plusieurs leçons pour les générations actuelles, dont le sens de l'honneur et de l'intérêt général, la loyauté, le patriotisme. « Nos grands-parents n'ont jamais été vaincus hier. Nous ne serons pas vaincus aujourd'hui », peut-on noter de ce devoir de mémoire.
Zoenabo Sana conclut un témoignage avec la devise : "La patrie ou la mort, nous vaincrons !"Selon le ministre de l'enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique, Pr Moumouni Zoungrana, par cette commémoration, il ne s'agit pas de remuer le couteau dans la plaie (la bataille ayant coûté la vie à 70 vaillants combattants du Dima de Boussouma), mais plutôt de célébrer la bravoure, le sens de l'honneur, de la dignité et de l'intégrité des grands-parents. Le ministre Zoungrana marque un arrêt, pour louer donc le courage du président Ibrahim Traoré, qui a accepté de commémorer cette date. « Les faits que nous commémorons ne datent pas d'hier, c'est depuis plusieurs décennies. Mais, jusque-là, aucun chef d'État n'en a parlé. Seul le président Ibrahim Traoré a osé le faire pour célébrer le mérite de nos grands-parents », a-t-il exprimé dans son adresse en langue nationale et sous de fortes ovations des populations.
La communication sur le sujet a été livrée par l'historien Harouna Sawadogo, présentant ici des armes de combat de la résistance de Boussouma.La journée a été matérialisée par le dévoilement, « au nom de l'État burkinabè et au regard des directives du Premier ministre », de la plaque commémorative sur ce site de Kiidiga. Le ministre Gilbert Ouédraogo a précisé que le site sera également inscrit, ainsi que les autres sites qui lui sont associés, dans l'inventaire national du patrimoine culturel.
Selon le conférencier, le travail sur le site a commencé en 2011.Plus tard dans la soirée, sous la présidence du Premier ministre, a été projeté à Ouagadougou et en avant-première un film dédié à ce pan d'histoire intitulé « Kiidiga, le cri des 333 collines ». Selon le porte-parole du gouvernement, le film sera ensuite projeté à Mané sur le site de Kiidiga et dans bien d'autres localités.
O.L
Lefaso.net