À l'occasion du lancement officiel de la plateforme digitale Deme Sira le mardi 2 juin 2026 à Ouagadougou, la ministre en charge de la solidarité, le lieutenant-colonel Pélagie Kaboré, s'est prêtée à une séance de questions-réponses avec les journalistes. Au cours de cet échange, elle est revenue sur les objectifs de la plateforme, ses innovations, son fonctionnement ainsi que les défis liés à son appropriation par les populations. Lefaso.net a recueilli ses propos et vous propose l'intégralité de l'entretien.
Pourquoi la plateforme Deme Sira ? Qu'est-ce qu'elle pourrait apporter comme plus-value dans l'accompagnement des personnes vulnérables ?
Le lieutenant-colonel Pélagie Kaboré : Il faut dire que cette plateforme répond vraiment à un réel besoin de notre société, qui est de permettre au ministère de mettre en œuvre la politique de protection sociale et d'action sociale du gouvernement de façon efficace. Pour être efficaces, nous nous trouvons confrontés à plusieurs défis. Nous avons pensé cette plateforme pour nous permettre de relever ces défis parce que l'environnement sociopolitique et les différentes crises que nous traversons ont créé de nouvelles formes de vulnérabilité.
La prise en charge de ces vulnérabilités nécessite une certaine rapidité sur le terrain. Cette plateforme va nous permettre d'être plus proche des populations. Partout au Burkina Faso, il suffit d'avoir un téléphone pour accéder à la plateforme. On peut lancer une demande pour soi-même ou pour quelqu'un d'autre. Si on est devant un cas social et qu'on n'a pas un service social à côté, on peut documenter le cas sur Deme Sira et faire une demande. Elle va aussi augmenter le niveau d'accès à nos services, permettre de collecter les ressources de façon transparente et structurée, garantir leur traçabilité, coordonner les actions des différents acteurs du social et rendre compte de l'utilisation des ressources collectées.
Quelle sera la différence entre cette plateforme et les autres plateformes déjà existantes ?
Déjà au ministère, nous n'avions pas de plateforme intégrée. C'est la première plateforme développée au sein du ministère pour permettre la prise en charge de ces cas. Les principales innovations sont la traçabilité, la transparence et la sécurité ; savoir que lorsque l'on dépose de l'argent, il va effectivement servir à aider une personne. C'est aussi la possibilité offerte à toute la communauté qui agit dans le social de mettre les forces ensemble pour soulager les souffrances des populations. Notre ambition est que chaque citoyen puisse savoir que sa contribution a réellement participé à soulager quelqu'un quelque part.
Depuis plusieurs années, des personnes lancent des appels à l'aide sur les réseaux sociaux au profit de personnes vulnérables. Quelle appréciation faites-vous de cette pratique ? La création de Deme Sira viendra-t-elle occuper cette place ou apporter une solution complémentaire ?
Cette plateforme ne va pas remplacer les appels individuels à la solidarité et elle ne vient pas supprimer ce qui existe déjà. Ces personnes font un travail colossal et nous les saluons avec beaucoup de respect. Maintenant, cette plateforme va compléter leurs actions, les coordonner et permettre davantage de transparence et de rigueur. Elle va venir aider ceux qui sont sur le terrain à mieux participer à la protection sociale.
La plateforme intègre-t-elle tous les autres mécanismes de soutien et d'assistance du ministère en charge de l'action sociale ?
Bien sûr ! Lorsque quelqu'un lance une demande, le modérateur regarde quelle structure est habilitée à traiter le dossier. Toutes les structures du ministère qui interviennent dans la protection sociale non contributive sont intégrées à la plateforme et pourront recevoir les dossiers selon leur domaine de compétence. Tout le monde est sur la plateforme afin que nous puissions gérer efficacement les cas.
Nous avons constaté qu'il est possible de soutenir un cas spécifique sur la plateforme. Comment les contributeurs pourront-ils vérifier que les fonds versés sont effectivement utilisés pour le cas choisi ?
Lorsqu'il y a une intervention spécifique, une cagnotte est ouverte pour le cas concerné. Lorsque vous contribuez, vous participez à cette cagnotte et vous pouvez suivre son évolution. Quand la cagnotte est complète, elle est fermée et les ressources sont utilisées pour régler le cas. Ensuite, nous rendons compte de la prise en charge et la personne concernée peut témoigner. C'est ainsi que vous saurez que les ressources engagées ont bien été utilisées pour le cas concerné.
Dans le cas d'une urgence sociale, le ministère peut-il utiliser d'autres ressources disponibles avant que la cagnotte dédiée ne soit totalement mobilisée ?
Si les enquêtes montrent qu'il s'agit d'un cas urgent, nous allons prioritairement demander au fonds d'assistance sociale et de solidarité nationale de prendre en charge la situation. Même si des ressources ont déjà été collectées pour ce cas, si celui-ci est réglé grâce à une autre intervention, les fonds pourront être reversés dans la cagnotte commune. Nous prioriserons les interventions en fonction de l'urgence et de la sensibilité des situations.
Nous sommes dans un pays où une grande partie de la population est analphabète, alors que Deme Sira est une plateforme numérique. Que sera-t-il fait pour permettre à ces populations de s'approprier l'outil ?
Le problème a été posé aux techniciens et nous sommes en train de chercher des solutions pour une plus grande accessibilité de la plateforme. Pour le moment, quelqu'un d'instruit peut lancer un appel au profit d'une personne qui ne l'est pas. Dans nos familles, il y a toujours quelqu'un qui peut manipuler l'outil et enregistrer un appel à l'aide. Dans le futur, nous ambitionnons d'intégrer les voix et l'intelligence artificielle. Lorsque vous arriverez sur la plateforme, elle pourra vous guider dans différentes langues nationales. Pour commencer, nous pensons au mooré, au dioula et au fulfuldé. C'est pris en compte et nous allons travailler à ce qu'à terme, cette plateforme soit celle de tous les Burkinabè.
Comment les personnes qui ne disposent pas de téléphone ou qui vivent dans des zones éloignées pourront-elles bénéficier des services de la plateforme Deme Sira ?
Quand on parle de la plateforme, il faut aussi compter sur les influenceurs, les relais communautaires et les personnes qui peuvent accompagner ceux qui n'ont pas accès directement aux outils numériques. Nous réfléchissons à plusieurs solutions afin que personne ne soit laissée de côté. Je voudrais que dans le Burkina que nous sommes en train de construire, tous les Burkinabè sachent qu'ils comptent et que nous sommes là les uns pour les autres.
Après le lancement de Deme Sira, quel appel lancez-vous aux Burkinabè ? Comment peuvent-ils concrètement contribuer au succès de cette initiative ?
Nous invitons tous les citoyens, les associations et les influenceurs du digital à s'approprier la plateforme Deme Sira. Nous demandons aux populations de pouvoir s'approprier cette plateforme pour qu'ensemble nous puissions soulager les souffrances des populations. Au terme de cet entretien, je voudrais inviter l'ensemble des Burkinabè, que tu sois homme, femme, jeune ou vieux, que tu sois à l'intérieur ou à l'extérieur du pays, cet outil est ton outil.
Je voudrais que tout le monde puisse s'approprier la plateforme Deme Sira et que nous puissions ensemble investir dans notre cohésion sociale à travers la solidarité.
Hanifa Koussoubé
Lefaso.net
L'Agence nationale de promotion de la finance inclusive (ANPFI) franchit une nouvelle étape dans sa politique de proximité avec les populations. Dans le cadre de son processus de décentralisation, l'institution a officiellement installé, dans l'après-midi du mardi 2 juin 2026 à Bobo-Dioulasso, le premier directeur régional de son histoire. La cérémonie d'installation a été présidée par le secrétaire général de la région du Guiriko, Souleymane Nacanabo. Elle a connu la présence des autorités administratives, des partenaires du secteur financier et des acteurs du développement local.
Nommé à ce poste par arrêté ministériel en date du 31 mars 2026, Ilassa Ouédraogo prend les rênes de la toute nouvelle direction régionale de l'Agence nationale de promotion de la finance inclusive de Bobo-Dioulasso. Son ressort territorial couvre plusieurs régions stratégiques du pays, notamment le Guiriko, les Tannounyan, le Djôrô, le Bankui et le Sourou. Cette installation marque ainsi la concrétisation d'une réforme majeure engagée par l'ANPFI afin de rapprocher davantage ses services des populations et de renforcer son action en faveur de l'inclusion financière.
Le présidium lors de la cérémonie d'installation du nouveau directeur régional de l'ANPFIDans son allocution, le directeur général de l'ANPFI, Wango Fidèle Yaméogo, a rappelé que la création des directions régionales répond à une nécessité, celle de renforcer la présence de l'institution sur le terrain afin d'améliorer l'accès des populations aux services financiers. Selon lui, l'ANPFI constitue un instrument stratégique de l'État pour faciliter l'accès des couches vulnérables aux services financiers adaptés. Femmes, jeunes, producteurs ruraux et très petites entreprises figurent parmi les principales cibles des interventions de l'agence.
Le directeur général de l'ANPFI, Wango Fidèle Yaméogo, rappelant l'importance de la création des directions régionales de l'ANPFI« Les ambitions de l'ANPFI et l'étendue de son champ d'intervention imposaient une présence plus forte sur le terrain », a-t-il expliqué. C'est ainsi que quatre directions régionales ont été créées à Bobo-Dioulasso, Koudougou, Kaya et Tenkodogo, celle de Bobo-Dioulasso étant la première à être effectivement opérationnelle. Le directeur général a également insisté sur les responsabilités qui incombent désormais au nouveau directeur régional. Il devra assurer le suivi des conventions avec les prestataires de services financiers, accompagner les structures partenaires, contribuer à l'éducation financière des populations et veiller à la bonne mise en œuvre des politiques de financement de l'agence.
Faire de l'inclusion financière un levier de développement
Après sa prise de fonction officielle en tant que directeur régional, Ilassa Ouédraogo a exprimé sa gratitude aux autorités nationales et à la direction générale de l'ANPFI pour la confiance placée en lui. Conscient de l'importance de sa mission, il a pris l'engagement de faire de cette direction régionale une administration de proximité, attentive aux préoccupations des populations. Le nouveau directeur régional a défini plusieurs priorités pour son mandat. Il s'agira notamment de renforcer l'accès des populations aux services financiers inclusifs, de promouvoir l'éducation financière et de développer des partenariats solides avec les collectivités territoriales, les institutions financières et les organisations communautaires.
Les participants à la cérémonie d'installation du nouveau directeur régional de l'ANPFISur les défis qui l'attendent, Ilassa Ouédraogo met l'accent sur la nécessité de promouvoir l'accès aux services financiers et de développer l'éducation financière des populations. Selon lui, de nombreuses personnes ignorent encore les opportunités existantes ou les mécanismes mis en place par l'État pour accompagner les activités génératrices de revenus. « Nous devons enseigner aux populations les capacités financières qu'elles ont, les opportunités qui leur sont offertes et les instruments que l'État met à leur disposition », a-t-il indiqué.
Le directeur régional, Ilassa Ouédraogo, a exprimé sa gratitude aux autorités nationales et à la direction générale de l'ANPFIIl entend également travailler avec les institutions de microfinance partenaires afin de faciliter l'accès aux financements pour les couches les plus vulnérables. « Il s'agira de mettre des ressources à leur disposition afin qu'elles puissent mener des activités leur permettant de subvenir à leurs besoins », a-t-il ajouté. Tout en reconnaissant l'ampleur de la tâche, il s'est dit convaincu que les défis pourront être relevés grâce à l'accompagnement des autorités régionales et à la collaboration des différents acteurs du secteur.
Le secrétaire général de la région du Guiriko, Souleymane Nacanabo, a salué la création de cette direction régionale dans le GuirikoUne direction régionale attendue dans un bassin économique majeur
Procédant à l'installation officielle du nouveau directeur régional, le secrétaire général de la région du Guiriko, Souleymane Nacanabo, a salué une initiative qui répond aux besoins d'un territoire reconnu pour son dynamisme économique. Selon lui, la création de cette direction régionale permettra d'offrir un service de proximité mieux adapté aux attentes des populations. « L'importance de cette nouvelle direction n'est plus à démontrer. Au regard de la qualité de la région, qui constitue un véritable bassin économique, il fallait installer un service qui se rapproche davantage des populations afin de mieux les servir », a-t-il affirmé.
Le secrétaire général a souligné que la région du Guiriko est la première à bénéficier de cette réforme de déconcentration des services de l'ANPFI. Il a assuré le nouveau directeur régional du soutien des autorités administratives et des différents services techniques pour la réussite de sa mission.
La photo de famille à l'issue de la cérémonie d'installationÀ travers cette installation, l'ANPFI affiche clairement sa volonté de renforcer son ancrage territorial et de faire de la finance inclusive un outil de transformation économique et sociale. Pour les populations des régions couvertes par la nouvelle direction, cette présence de proximité pourrait contribuer à faciliter davantage l'accès aux financements et à favoriser l'émergence d'activités créatrices de revenus, particulièrement au profit des couches les plus vulnérables.
Romuald Dofini
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La police nationale du Burkina Faso tient du 3 au 5 juin 2026, ses 72 heures de santé préventive à Ouagadougou au siège du camp CRS sis à Wayalghin. Cette 3ᵉ édition est placée sous le thème « Gestion et prévention des risques professionnels chez les policiers dans un contexte de défis sécuritaires : Défis et stratégie d'adaptation ». La cérémonie d'ouverture était sous le patronage du ministre de la sécurité Mahamadou Sana et sous le parrainage du directeur général de la CARFO, Hyacinthe Tamalgo. Elle a été présidée par la conseillère technique du ministère de la Sécurité, Fatoumata Yatassaye Benon/Nana, représentante du ministre Mahamadou Sana.
Plusieurs activités sont prévues pour cette édition. Il s'agit de consultations, de séances de dépistage, de dons de sang, de conférences, de panels, de stands d'exposition, de cross suivi de séances d'aérobic.
La conférence inaugurale a été assurée par le Pr Marthe Sandrine Lompo, présidente de la société de la médecine du travail et conseillère spéciale du Premier ministre.
Cette initiative de la police nationale vise à promouvoir le bien-être physique et mental des forces de sécurité confrontées à des défis professionnels croissants. Dans son intervention, la représentante du ministre a salué la tenue de cette activité qui traduit la volonté des autorités de faire de la santé des policiers une priorité. Elle a souligné que les missions de sécurisation exposent quotidiennement les agents à de multiples risques physiques, psychologiques et environnementaux nécessitant des mécanismes adaptés de prévention et de prise en charge.
Une vue des participants à la cérémonie d'ouverture« Le thème nous rappelle que la mission de sécurité, déjà exigeante, expose nos forces à des risques multiples. Ces risques sont physiques, psychologiques et parfois sociaux. Face à ces réalités, il est indispensable de développer des stratégies d'adaptation qui allient prévention, accompagnement et innovation. La santé préventive est un pilier de la résilience de nos forces. Un policier en bonne santé est un policier plus efficace, plus disponible et plus apte à répondre aux défis sécuritaires auxquels notre pays est confronté. Vous savez que le capital humain est la première richesse d'un pays. Et ce capital humain doit être en bonne santé. Comment demander à quelqu'un qui exerce un métier de policier, donc de sécurisation, de sécuriser un pays s'il n'est pas en bonne santé ? Les 72 heures constituent une réponse stratégique et institutionnelle pour permettre une prise en charge à la fois physique et psychologique de ces acteurs pour leur permettre d'avoir une haute disponibilité pour la sécurisation du pays. Le ministère de la Sécurité reste engagé dans cette dynamique et accompagne fortement la police nationale », a indiqué la conseillère technique du ministre de la sécurité.
La conseillère technique du ministère de la Sécurité, Fatoumata Yatassaye Benon/ Nana, par ailleurs représentante de son ministreLe directeur général de la police Thierry Dofizouho Tuina a rappelé qu'un policier doit être en bonne santé pour pouvoir agir sur le terrain contre la criminalité. « Pour être efficace sur le terrain, il faut que le policier soit en très bonne santé. Nous savons que notre pays traverse une crise sécuritaire qui génère un certain nombre de risques professionnels en plus des risques classiques que nous avons. En matière de santé publique, la prévention est meilleure que le traitement. Donc, si nous axons nos actions sur la prévention, cela permettra d'éviter certaines maladies », a souligné le directeur général de la police nationale.
Le directeur général de la police nationale Thierry TuinaIl a précisé que cette initiative est non seulement pour les policiers mais aussi pour les populations. M. Tuina a terminé en invitant tous les policiers et les populations à se rendre au camp CRS pour participer aux 72 heures mais aussi pour profiter des séances de consultations.
Le directeur général de la CARFO, Hyacinthe TamalgoPour le parrain de la cérémonie, le directeur général de la CARFO, Hyacinthe Tamalgo, la prévention demeure l'un des investissements les plus rentables pour toute organisation. « Prévenir un risque professionnel coûte toujours moins cher que de le réparer. Préserver la santé d'un agent, c'est préserver ses compétences, son efficacité et sa capacité à servir durablement la nation. Notre mission est de protéger et d'accompagner les agents publics dans leur parcours professionnel. C'est pourquoi nous nous engageons à soutenir toutes les initiatives qui visent à renforcer la prévention, la sensibilisation et la prise en charge des risques liés aux métiers exigeants comme celui du policier. Notre institution est engagée dans une dynamique permanente de prévention des risques professionnels à travers la mise en œuvre de programmes annuels de visites et de contrôles des lieux de travail dans les administrations publiques », a notifié le directeur général de la CARFO. Il a rassuré les policiers qu'ils peuvent s'approcher de la CARFO pour la prévention des risques professionnels mais aussi pour les réparations en cas d'accidents de travail.
Rama Diallo
Lefaso.net