La 22ᵉ édition de la Rencontre nationale gouvernement/secteur privé (RGSP) s'est tenue les 10 et 11 novembre 2025 dans la ville de Bobo-Dioulasso, sous le thème : « Développement des infrastructures : enjeux, défis et engagements patriotiques pour une économie durable ». Cette édition, placée sous le patronage du Premier ministre Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo, a réuni plusieurs membres du gouvernement, des représentants du secteur privé, des autorités régionales et locales ainsi que des acteurs économiques venus de tout le pays. La cérémonie de clôture a eu lieu ce mardi 11 novembre sur une note de satisfaction.
Durant deux jours, les échanges francs et directs entre les acteurs publics et privés ont permis de débattre des défis liés au développement des infrastructures structurantes indispensables à la transformation économique du Burkina. À l'issue des travaux, plusieurs recommandations et résolutions ont été adoptées, marquant une étape importante dans le renforcement du dialogue public-privé.
Créé pour formaliser les échanges entre le gouvernement et le monde des affaires, le cadre de concertation public-privé s'impose aujourd'hui comme un instrument clé de gouvernance économique. La rencontre nationale en constitue le point culminant, rassemblant les acteurs autour d'enjeux majeurs pour le développement du pays. Cette édition visait principalement à renforcer la concertation autour des infrastructures, moteur de compétitivité et de souveraineté économique. Électricité, eau, routes, télécommunications, logistique, santé : autant de secteurs où les besoins sont urgents et les attentes fortes.
Une vue des membres du gouvernement fortement mobilisés pour cette rencontreLes participants ont souligné que sans infrastructures de qualité, aucune économie ne peut prétendre à une croissance durable. C'est dans ce sens que les représentants des organisations professionnelles du secteur privé ont formulé plusieurs préoccupations et doléances, relatives notamment à l'accès au financement, à la fiscalité, à la qualité des services publics et à la gouvernance des projets d'infrastructures.
Serge Poda : « Il faut des infrastructures en quantité, mais surtout en qualité »
Le ministre du développement industriel, du commerce, de l'artisanat et des petites et moyennes entreprises, Serge Poda, a salué la pertinence des échanges. Il a rappelé que cette rencontre nationale vient couronner un processus de concertation entamé depuis mai dernier, au niveau régional et sectoriel. « Sans infrastructures énergétiques, de télécommunication, d'eau, de transport ou de santé, il n'y a pas de compétitivité de nos produits ni de croissance soutenue », a-t-il déclaré.
Le ministre Serge Poda réaffirme la volonté du gouvernement de travailler avec le secteur privé pour garantir des réalisations de qualitéLe ministre a également insisté sur la nécessité de mobiliser des ressources innovantes pour financer des infrastructures structurantes capables de soutenir la production nationale. Il a réaffirmé la volonté du gouvernement de travailler main dans la main avec le secteur privé pour garantir des réalisations de qualité, ayant un impact réel sur le développement. « Le gouvernement prendra toutes les dispositions pour que les résolutions ne dorment pas dans des tiroirs », a-t-il promis, annonçant la mise en place d'un suivi mensuel de l'état d'exécution des recommandations. Le ministre a par ailleurs salué l'engagement patriotique du secteur privé, appelé à investir davantage dans les infrastructures et à contribuer activement au développement endogène prôné par les plus hautes autorités du pays.
Des acteurs du secteur privé présents à la 22e édition de la RGSP à Bobo-DioulassoLe secteur privé réaffirme sa mobilisation patriotique
Prenant la parole, Roland Sow, président de la délégation spéciale consulaire de la Chambre de commerce et d'industrie du Burkina Faso (CCI-BF), a exprimé la fierté du secteur privé d'avoir pris part activement à cette rencontre nationale. « Depuis notre installation en juin 2025, c'est le deuxième grand événement que nous organisons après le forum Investir au Burkina. Cette rencontre témoigne de la vitalité du partenariat entre l'État et les opérateurs économiques », a-t-il déclaré.
Roland Sow, président de la délégation spéciale consulaire de la CCI-BF, a exprimé la fierté du secteur privé d'avoir pris part activement à cette rencontre nationaleLe président de la délégation spéciale consulaire a salué la mobilisation exceptionnelle des acteurs économiques venus de tout le pays, ainsi que le soutien constant du chef de l'État, le capitaine Ibrahim Traoré, et du Premier ministre. « Sans infrastructures, il n'y a pas de développement. Nous devons, en tant qu'acteurs économiques, nous mobiliser comme un seul homme pour construire les bases matérielles de notre prospérité », a-t-il ajouté.
Le secteur privé, à travers la chambre de commerce, s'est ainsi engagé à participer activement à la mise en œuvre du plan d'action issu des recommandations. Des rapports mensuels permettront d'en évaluer les avancées afin d'assurer un passage de la parole aux actes.
Des membres du gouvernement présents à cette rencontre nationale« Investir burkinabè, produire burkinabè, consommer burkinabè », Jean-Emmanuel Ouédraogo
Clôturant les travaux, le Premier ministre, Jean-Emmanuel Ouédraogo, a salué la qualité des échanges et réaffirmé la détermination du gouvernement à traduire les conclusions en actions concrètes et mesurables. « Nous sommes convaincus qu'avec un engagement patriotique franc et sincère à tous les niveaux, notre économie ne peut que prospérer au profit de notre peuple », a-t-il souligné. Pour le chef du gouvernement, le dialogue public-privé s'inscrit dans la dynamique de la révolution progressiste populaire conduite par le capitaine Ibrahim Traoré, qui vise à bâtir une économie souveraine et endogène, fondée sur les ressources et les compétences nationales.
Le Premier ministre a invité les acteurs économiques à adopter une attitude patriotique dans les affaires, fondée sur la production et la consommation locales. « Le patriotisme économique doit devenir le moteur de notre redressement. Investir chez nous, produire burkinabè, consommer burkinabè, c'est affirmer notre dignité collective et renforcer notre souveraineté », a-t-il martelé, avant de donner rendez-vous à la 23ᵉ édition pour évaluer les progrès réalisés.
Le Premier ministre, Jean-Emmanuel Ouédraogo, a salué la qualité des échanges et réaffirmé la détermination du gouvernement à traduire les conclusions en actions concrètes et mesurablesLes conclusions de cette 22ᵉ édition traduisent une volonté commune de passer à l'action. Les recommandations portent notamment sur la mobilisation de financements innovants pour les projets d'infrastructures structurantes ; la promotion du partenariat public-privé (PPP) dans la réalisation des grands projets ; la priorisation des entreprises nationales dans l'exécution des chantiers ; etc. À l'issue des travaux, les participants ont exprimé leur satisfaction quant à la qualité des débats et à la pertinence des recommandations formulées. Tous ont convenu de l'urgence d'une mise en œuvre rapide et rigoureuse des résolutions adoptées. La 22e RGSP s'achève donc sur une note d'engagement, d'espoir et de responsabilité partagée.
Romuald Dofini
Lefaso.net
Durant la période de suspension du stade du 4-août, le Burkina Faso a dépensé plus de 46 milliards de FCFA pour l'organisation des matchs à l'extérieur des Étalons toutes catégories confondues et les clubs engagés en campagne africaine. C'est ce qu'a révélé ce mardi 11 novembre 2025, le ministre en charge des sports, Roland Somda devant les députés de l'Assemblée Législative de Transition (ALT). Il répondait à une question orale avec débat posée par la députée Marie Angèle Tiendrebéogo/Kalenzaga.
Ces frais sont notamment liés au transport, à l'organisation, à la restauration, à l'hébergement et aux primes de match entre autres, de 2020 à juin 2025.
Selon le ministre Roland Somda, entre 2020 et 2025, les Étalons A ont enregistré en moyenne quatorze (14) matchs par an dans le cadre des compétitions internationales et des rencontres amicales officielles. Le coût moyen par match est estimé à cinq cent millions (500 000 000) de francs CFA, couvrant l'ensemble des dépenses liées à la logistique, au transport, à l'hébergement, à la restauration, aux primes, à la location des stades, à la sécurité et à la communication.
Ce coût moyen se répartit comme suit : Transport (billets d'avion, remboursement des titres de transport des joueurs) : 15%, hébergement, restauration : 20%, primes de match (primes de sélection, primes de victoire) : 50%, frais d'organisation (location de terrain, location de véhicules, sécurité, communication, ...) : 15%.
"L'analyse de ce coût montre que la délocalisation d'un match a une incidence significative sur les frais de transport et les frais d'organisation (environ 30% du coût) ; quant aux primes, hébergement et restauration, l'incidence est nulle malgré la délocalisation", précise le ministre des sports.
Ainsi, le coût annuel moyen s'élève à sept milliards (7 000 000 000) de francs CFA, soit un montant cumulé de quarante-deux milliards (42 000 000 000) de francs CFA pour la période considérée, uniquement pour l'équipe nationale A.
En complément, poursuit Roland Somda, il convient de noter que le Fonds National pour la Promotion du Sport et des Loisirs (FNPSL) a également financé les déplacements à l'extérieur des Étalons U17 et U20, des clubs engagés dans les compétitions africaines (notamment le RCK et l'AS Douanes) et des Étalons féminins.
Le coût total de ces différentes sorties, de 2022 à juin 2025, est de : 909 933 635 FCFA en 2022, 691 706 186 FCFA en 2023, 564 432 620 FCFA en 2024 et 2 009 745 962 FCFA en 2025.
En somme, le coût total supporté par le budget de l'État et le FNPSL au titre de la délocalisation des matchs des différentes sélections nationales et des clubs burkinabè s'élève à quarante-six milliards cent soixante-quinze millions huit cent dix-huit mille quatre cent trois (46 175 818 403) francs CFA pour la période de 2020 à juin 2025, selon Roland Somda, ministre des sports, de la jeunesse et de l'emploi.
Le ministre des sports Roland Somda a ajouté que cette suspension a engendré des pertes sur le plan économique pour le Burkina Faso (hébergement en hôtel, restauration, tourisme).
Mamadou ZONGO
Lefaso.net
Réunis en séance plénière ce mardi 11 novembre 2025, les députés de l'Assemblée législative de transition (ALT) ont examiné trois questions orales avec débat. L'une d'elles, posée par la députée Assita Françoise Romaine Bailou, portait sur la situation et l'état actuels des espaces verts, des réserves administratives et foncières dans les centres urbains. En réponse, le ministre d'État, ministre en charge de l'administration territoriale et de la mobilité, Émile Zerbo, a livré un exposé détaillé de la situation.
Dans son intervention, le ministre Zerbo a rappelé que l'article 6 du décret n°98-321 du 28 juillet 1998 définit l'espace vert comme « tout terrain nu ou boisé, délimité et inséré dans le plan cadastral ou tout autre document foncier d'une localité et destiné à l'embellissement ».
Le changement de destination d'un espace vert étant interdit par la loi, ces espaces doivent être bornés et immatriculés, sous la responsabilité conjointe des collectivités territoriales et des ministères en charge de l'urbanisme et de l'environnement.
Concernant les réserves administratives, le ministre a cité le décret n°2014-481 du 3 juin 2014, qui les définit comme les lots ou parcelles prévus pour les besoins futurs de l'État ou des collectivités. Avec la nouvelle loi portant Réorganisation agraire et foncière (RAF), ces terrains sont inaliénables sauf autorisation expresse du ministre chargé des domaines pour cause d'utilité publique ou d'intérêt national.
Quant aux réserves foncières, elles sont, selon le code de l'urbanisme de 2006, des domaines constitués par l'autorité publique pour des besoins d'aménagement futur, constitués par voie d'expropriation ou de droit commun.
La nouvelle loi RAF, n°015-2025/ALT du 21 octobre 2025, réaffirme le caractère inaliénable, imprescriptible et insaisissable des biens immobiliers du domaine public, notamment les espaces verts, les réserves administratives et foncières.
Ainsi, le ministre a indiqué que son département a lancé en 2024 un recensement national des réserves administratives et foncières dans toutes les régions et des espaces verts dans les communes à statut particulier dont Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.
Il en ressort que 7 076 réserves administratives ont été recensées sur l'ensemble du territoire, dont 4 894 sont illégalement occupées, soit 69,16 %.
Dans les communes à statut particulier, 600 réserves administratives ont été identifiées, dont 365 soit 60,83 % occupées illégalement avec 347 à Ouagadougou et 253 à Bobo-Dioulasso.
S'agissant des espaces verts, 1 553 ont été recensés avec 1 115 à Ouagadougou et 438 à Bobo-Dioulasso, dont 700, soit 45 %, sont occupés illégalement ce qui représente 378 à Ouagadougou et 312 à Bobo-Dioulasso.
Le ministre en charge de l'urbanisme, Émile Zerbo, a terminé son exposé en indiquant que ces espaces et réserves illégalement occupés abritent une grande diversité d'installations à savoir des mosquées, des églises, des écoles, des habitations privées, des commerces, des garages, des maquis, des services publics, des stations-service, des antennes de téléphonie, des dépotoirs, des tombes et même des tronçons bitumés.
Élément de réponse du ministre d'Etat, ministre en charge de l'administration territoriale, Émile ZerboHanifa Koussoubé
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Après une première tribune sur les confidences du père de la révolution burkinabè, Jonas Hien revient dans la présente sur d'autres confidences tout aussi peu connues du grand public. Des confidences à lui faites par « le vieux Joseph Sankara », comme il l'appelait, père du président Thomas Sankara. Lisez !
Dans un précédent article de presse, j'ai livré des confidences qui m'avaient été faites par le père du Président Thomas Sankara, que nous appelions affectueusement le Vieux Joseph Sankara. L'objectif est de contribuer à faire connaître le Président Thomas Sankara, un Président totalement hors du commun. Dans le présent article, je livre encore une partie de ces nombreuses confidences, avec parfois des anecdotes qui confirment que Sankara était un homme à part.
Lors d'une de nos causeries habituelles, j'ai demandé au Vieux Joseph Sankara s'il arrivait à Thomas, devenu Président, de demander des conseils avec lui dans la conduite des affaires de l'Etat, en tant que père. Avant de répondre à cette question, le Vieux Joseph Sankara me raconte d'abord des anecdotes. Suivons les récits. « Pas vraiment ! Il me surveillait plutôt pour être sûr que j'étais en phase avec la Révolution (rires du Vieux Sankara). Un jour, j'étais assis ici et entre-temps il est arrivé. Quand il est rentré dans la cour, il a vu un gros mouton attaché là. Sa préoccupation était de savoir qui est le propriétaire. Quand je lui ai dit que c'est un ami qui me l'a offert comme cadeau, il m'a regardé d'une certaine façon et puis il m'a dit que ce n'est pas clair. Pour lui, quelqu'un m'a corrompu avec ce mouton.
Une autre fois, un de ses amis Chef d'Etat est venu à Ouagadougou. Ce Chef d'Etat a envoyé une délégation pour venir me saluer et me remettre de l'argent. Je leur ai demandé si Thomas est au courant de cet argent. Ils m'ont répondu par l'affirmative. Je leur ai dit que je n'ai pas la preuve qu'il est au courant et par conséquent je ne peux pas prendre. Ils sont repartis avec l'argent rendre compte. Ce Chef d'Etat était dépassé. Il a demandé à Thomas : ‘'qu'est-ce que tu fais comme ça !'' Thomas a répondu : ‘'ce sont les exigences de la Révolution. La lutte contre la corruption doit commencer par ma famille''. Ce Chef d'Etat lui a demandé de venir lui-même me remettre le don. Thomas n'a pas pris l'argent. Il les a accompagnés et quand il est arrivé, il m'a dit : ‘'Papa, tu peux prendre l'argent là, je suis au courant''. C'est à ce moment que j'ai pris l'enveloppe d'argent. »
Une autre anecdote. : « Un autre Chef d'Etat, un de ses amis, m'a fait don d'un véhicule (je me rappelle qu'il m'a dit qu'il s'agit du Président Denis Sassou N'guesso, actuel Président de la République du Congo). Les papiers du véhicule sont en mon nom. Il a informé Thomas avant de me remettre le véhicule. A la même période, je venais d'acheter la mobylette que voici (il m'a montré la moto qui était une Honda Econo Power). Dès que son ami a quitté le Burkina Faso, Thomas est revenu ici accompagné de ses militaires et il a ordonné l'enlèvement de la voiture pour aller déposer au parc automobile de l'Etat. J'étais là et ma voiture a disparu sous mes yeux. Puis, il m'a regardé avant de me dire : ‘'toi, tu vaux mieux tu viens d'acheter une mobylette neuve. L'Etat n'a rien, au lieu de s'occuper de l'Etat qui en a besoin, on s'occupe de ceux qui ont des mobylettes neuves''. J'ai fait comme si ce n'était pas à moi qu'il parlait ! Mais comme on ne pouvait pas en discuter, il est ressorti et a disparu lui aussi comme ma voiture (rires du Vieux Sankara). A l'heure où je te parle (on était en 1999), je ne sais pas ce qu'est devenu ce véhicule. J'en ai parlé à Blaise, mais ça n'a rien changé. J'ai toujours les papiers du véhicule avec moi. »
Revenant à ma question de départ, le Vieux Joseph Sankara répond : « mais je me rappelle qu'une fois, au tout début de sa prise de pouvoir, il est venu ici à la maison et il m'a dit qu'il veut qu'on parle. On s'est assis à l'écart. Il m'a demandé si j'ai appris qu'ils ont exécuté des officiers militaires. J'ai dit oui. Il a dit que c'est de ça qu'il veut me parler. Il dit qu'il n'arrive pas à dormir avec cette affaire. Je demande pourquoi. Il me dit que son problème n'est pas le fait qu'ils aient été exécutés, pour tentative de coup d'Etat (il s'agit du groupe du Colonel Didier Tiendrebéogo, en 1984, suite à un jugement rapide devant une Cour martiale) mais qu'il n'a pas compris pourquoi on n'a pas demandé son avis avant de les exécuter. Qu'il m'en parle pour que demain si quelqu'un dit que mon fils avait fait tuer son parent, que je sache la vérité. J'ai senti qu'il a perdu le moral. Je lui ai dit de ne plus parler de ça à quelqu'un et d'aller dans le sens de ses camarades d'armes. Je lui ai dit que la gestion d'un Etat n'est pas ce qu'il croit et que ce sont des choses qui arrivent dans n'importe quel pays du monde. Je lui ai dit aussi qu'en la matière, s'il est question de survie de l'Etat, on n'aura pas toujours le temps de l'informer. Je lui ai donc dit d'assumer jusqu'au bout et de ne pas donner l'impression qu'il n'est pas content car ça n'a pas commencé par lui, ça ne se terminera pas par lui et dans n'importe quel pays du monde, ce sont des choses qu'on ne peut pas éviter dans la gestion d'un Etat. Je lui ai dit qu'en tous les cas, si un jour on l'accusait, je ne ferai que demander pardon et pardon. Il m'a dit qu'il a compris et je pense qu'il a vite surmonté ce problème. En dehors de ça, lui et moi on ne parlait pas des affaires de l'Etat. C'est surtout avec Blaise que je causais. Parfois, si je veux parler à Thomas sur certains sujets, je passais par Blaise. Blaise venait nous voir régulièrement à la maison, ma femme et moi. On mangeait ensemble dans le même plat, il reste causer avec nous, il insiste parfois pour savoir si on n'a pas de besoins particuliers. Blaise avait une grande attention envers moi. Jusque-là je ne comprends toujours pas pourquoi il m'a fait ça et depuis il ne revient pas me dire ce qui s'est passé entre son frère et lui. Ils étaient tous deux mes enfants. L'un a tué l'autre, au moins qu'il me dise ce qui s'est passé avec son frère. »
Parlant de Blaise Compaoré, le Vieux Joseph Sankara raconte une histoire : « un jour, Blaise est venu ici à la maison. Il m'a dit qu'il est avec une fille qui est de notre quartier et qu'il me demande d'entreprendre des démarches auprès de la famille de la fille pour demander la main pour lui. Quand il m'a expliqué, il s'est trouvé que je connais la famille. J'ai commencé à faire des approches. Il revient entre temps pour me demander de laisser tomber les démarches. Je lui demande pourquoi. Il me dit qu'il est parti à Abidjan et qu'il a trouvé une autre fille là-bas et que c'est avec celle-là qu'il va se marier. Je lui ai demandé ce que la fille d'Abidjan a de mieux que celle d'ici. Blaise me dit que celle d'Abidjan sait préparer le tôt. J'étais déçu. Il s'est levé et il est parti.
Plus tard, je le vois entrer dans la cour, accompagné d'une fille de teint clair. Il me dit : « Papa, c'est la fille d'Abidjan dont je vous parlais. Elle s'appelle Chantal. » J'ai dit à la fille ‘'effectivement, mon fils m'avait parlé de vous. Merci de venir nous voir''. Ils sont restés causer un peu avec nous et ils sont repartis. » Chantal deviendra plus tard Chantal Compaoré.
En fait, ce que le Vieux Joseph Sankara ignorait à cette étape, la fille qui sait préparer le tôt faisait partie des cadeaux préparés par l'impérialisme pour réaliser le coup de l'assassinat de Thomas Sankara.
Les foutaises de Blaise Compaoré vis-à-vis du Vieux Joseph Sankara avaient en fait commencé depuis ce temps. Blaise était venu lui présenter un indice important du futur assassinant de son fils. Elle sait préparer le tôt. Et pendant 27 ans de pouvoir à la présidence du Faso, le couple Compaoré nous a servi de la bouillie mal cuite, salée, pimentée et potassée.
Pendant les campagnes politiques des différentes élections dites démocratiques de pérennisation du pouvoir, on voyait le couple, tout souriant, regardant les militantes et militants du parti danser et puis eux aussi se mettaient à danser comme un masque sénoufo. C'est vrai, les Gouin aussi ne savent pas danser. Ce qui est sûr, le Commandant Sombié ne sait pas danser. Mais il est un très bon cultivateur sur qui on peut compter pour assurer l'auto-suffisance alimentaire.
Jonas Hien
Dans un entretien avec la télévision BF1, Dr Cyriaque Paré, spécialiste en communication digitale, partage sa vision sur les enjeux et opportunités liés au digital au Burkina Faso. Entre fiscalité numérique, souveraineté digitale et intelligence artificielle, il livre un large panorama des défis et solutions pour le pays. Il était l'invité de l'émission « Surface de vérité », diffusée le dimanche 9 novembre 2025.
Les créateurs de contenu et plateformes internationales représentent aujourd'hui une concurrence féroce pour les médias traditionnels burkinabè. C'est ce que déplore Dr Cyriaque Paré, chercheur à l'Institut des sciences des sociétés (INSS), promoteur du pionnier des médias en ligne Lefaso.net, de l'Institut supérieur de la communication et du multimédia (ISCOM), et de la plateforme Le Faso Digital. « Les géants du numérique, à l'instar de Google et Facebook, opèrent dans nos pays et génèrent de gros revenus publicitaires. Mais l'État n'en perçoit quasiment rien », souligne-t-il.
« Une étude a montré que de plus en plus d'entreprises font appel aux créateurs de contenus à l'instar des web-humoristes pour faire leurs communications. Ces derniers échappent aux impôts contrairement aux médias professionnels », Dr Cyriaque Paré, enseignant-chercheurLe problème, explique-t-il, n'est pas seulement économique. Il touche aussi la régulation. Les entreprises locales, souvent soumises à la fiscalité nationale, se trouvent en compétition avec des acteurs qui échappent à tout impôt. « Il faut que le fisc s'adapte à ces nouveaux modèles et que l'on régule ces acteurs. Sinon les médias professionnels risquent de péricliter », insiste-t-il.
Il cite l'exemple de Google AdSense, dont les royalties payées aux acteurs locaux peuvent être considérablement inférieurs à ce que généreraient ces médias, accentuant un déséquilibre sur le marché. Pour Dr Paré, réformer la fiscalité numérique est indispensable pour protéger les acteurs locaux, tout en maintenant un environnement concurrentiel sain.
« Sans des profils diversifiés, le numérique risque de rester limité à des aspects techniques, sans impact réel sur la société », prévient Dr ParéUne vision stratégique freinée par la mise en œuvre
Selon lui, le Burkina Faso possède depuis longtemps des textes et plans nationaux avancés en matière de numérique. Cependant, la mise en œuvre reste souvent insuffisante. « Nous avons les documents, la vision, mais quelques années plus tard, on se rend compte que nous sommes en retard », regrette-t-il. Dr Paré met en lumière le syndrome burkinabè, qui se traduit par une volonté politique initiale, mais des projets interrompus ou redéfinis à chaque changement d'équipe. Il plaide pour une continuité et une exécution rigoureuse des politiques, afin de transformer la vision en actions concrètes.
Le numérique : un domaine multidisciplinaire
Le numérique n'est pas seulement technique, affirme Dr Paré. « On croit souvent que le numérique est une affaire d'informaticiens, mais c'est bien plus que cela », mentionne-t-il. Ainsi, précise-t-il, pour être efficace, le Burkina Faso doit intégrer en plus des professionnels du secteur, des sociologues, psychologues, économistes dans ses projets digitaux.
« Les autoroutes de l'information existent, mais il faut des véhicules, c'est-à-dire des contenus adaptés et des professionnels capables de les produire », fait-il observer.
« Le Dr Boukari Ouédraogo, promoteur de SYSTINFO, nous a confié que sa participation à Le Faso Digital lui a permis d'avoir de gros marchés »Opportunité et responsabilité face à l'Intelligence artificielle
Dr Paré considère l'intelligence artificielle (IA) comme un levier puissant, mais qui doit être encadré. « C'est un outil, et la manière dont on l'utilise détermine ses effets », souligne-t-il.
Il met en garde contre les usages dangereux ou inappropriés, tels que la création de contenus truqués, et insiste sur la formation et l'éducation des citoyens à l'information et au numérique. Pour lui, l'IA offre un potentiel énorme pour l'éducation, l'innovation et la production de contenus de qualité, mais au Burkina Faso, elle est souvent utilisée pour le divertissement. « 80% de ce qui est produit sur les réseaux sociaux est du divertissement. Pourtant, ces plateformes peuvent être de véritables leviers éducatifs et productifs », note-t-il.
La souveraineté numérique, un enjeu stratégique
Dr Paré souligne que le Burkina Faso reste dépendant des technologies et réseaux internationaux, ce qui limite sa souveraineté numérique. « Si on coupe la connexion au réseau international, nous ne pourrions plus communiquer », alerte-t-il.
Il plaide pour la création d'une industrie numérique nationale, capable de fédérer les talents locaux et de mobiliser la diaspora burkinabè. Dr Paré renchérit, affirmant que des projets comme celui d'un réseau social développé par des Burkinabés aux États-Unis, démontrent le potentiel existant, mais nécessitent un soutien institutionnel et financier plus conséquent.
Le numérique comme moteur d'innovation et d'emploi
Pour Dr Paré, le numérique représente aujourd'hui une source majeure d'emplois et d'innovation. Il cite les jeunes créateurs de Google, Facebook ou YouTube, devenus multimilliardaires en quelques années, illustrant le potentiel économique du secteur.
Au Burkina Faso, il existe également selon lui, des talents capables de créer des solutions locales innovantes, mais le soutien reste limité. Dr Paré appelle à investir dans la formation, la valorisation des projets et le soutien aux startups numériques, afin de permettre au pays de tirer pleinement parti de ces opportunités.
Le Faso Digital, vitrine de l'innovation locale
Dr Paré revient sur la création de Le Faso Digital, une plateforme visant à recenser et valoriser les solutions digitales locales. « Dans toute crise, il y a une opportunité. Le numérique peut devenir le levier principal de transformation pour sortir de la crise que nous connaissons », argumente-t-il.
La première édition de Le Faso Digital a permis de recenser 34 solutions innovantes dans divers secteurs comme l'éducation, la culture, la finance, l'agriculture, la santé, etc. La plateforme, précise-t-il, reste ouverte et vise à encourager l'innovation, fédérer les talents et créer un marché numérique dynamique au Burkina Faso.
Le numérique, un levier de transformation
Dr Cyriaque Paré rappelle que le numérique est une opportunité unique pour le Burkina Faso. Il peut générer emplois, innovation et souveraineté, à condition que l'État et les acteurs privés investissent dans la formation, la transformation digitale et une fiscalité adaptée aux nouveaux modèles économiques.
À cela s'ajoutent la formation et l'éducation numérique des citoyens, le soutien aux innovations locales et à la diaspora, la mise en œuvre rigoureuse des politiques et des plans numériques. « Tout est là. La question est : qu'allons-nous en faire ? », conclut Dr Paré. Pour lui, le Burkina Faso a toutes les cartes en main pour tirer profit du numérique et transformer durablement sa société.
Hamed Nanéma
Lefaso.net